Juifs, caodaistes et la Petite Italie
Entrée principale du Temple Caodaiste de Montréal
Le Temple Caodaiste de Montréal, ancienne Synagogue Poale Zedek, a une histoire qui remonte près d’un siècle. Cet édifice jaune vif se démarque des entrepots industriels ternes au coin de Saint-Urbain et Jean-Talon. Il témoigne d’une présence juive et vietnamienne dans un quartier traditionellement associé aux Italiens.
Lors de la construction de la synagogue Poale Zedek, qui commence en 1911, le quartier au nord de la voie ferrée CPR est tout jeune. Des immigrants provenant du sud de l’Italie s’y installent. Cet endroit peu habité avec ses grands terrains vagues avait sans doute l’allure de leurs campagnes natale. On pouvait cultiver son jardin et ses légumes tout en étant près des lieux de travail de l’ère industrielle.
Des Juifs s’installent également dans ce quartier. Ils sont un peu excentrés des grands bassins de population juives de l’époque, qui se trouvent majoritairement sur le Plateau Mont-Royal. Qui sont ces juifs de la «Petite Italie» ? Le nom de leur synagogue, signifiant «ouvriers pour la justice» , démontrent qu’ils sont de la même classe sociale que les ouvriers italiens. Ils travaillant dans les usines ou pour le CPR. Le nom de la synagogue laisse également entendre des affiliations socialistes ou communistes.
L’édifice de la synagogue Poale Zedek témoigne de l’origine modeste de ses usagers. Il s’agit d’un bâtiment conçu et construit par les membres de la communauté, un véritable effort collectif auquel chacun a contribué selon ses talents et moyens. Le seul membre de la communauté qui possédait un cheval s’est chargé de tout le transport des matériaux. Il n’y avait pas d’architecte.
L’édifice est conçu comme la plupart des multiplex Montréalais de son époque, soit avec une structure de bois revêtue de maçonnerie. L’éxtérieur est plutôt ordinaire et maladroit. À l’intérieur, par contre, le sanctuaire avec un balcon de femmes en forme de « U » a été reconnu par l’architecte Michael Fish comme «one of the finest humble architectural spaces in Canada.» L’arche qui s’y trouvait était finement sculptée et la piece regorgeait de magnifiques boiseries qui y donnaient un caractère intime.
Jusqu’à 1944, les 350 places de la synagogue débordaient souvent lors du sabbat. Après la deuxième guerre mondiale, le niveau de vie de la plupart des familles juives orthodoxes de Montréal augmente. Les juifs se dirigent alors vers de nouveaux quartiers dans l’ouest de l’ile. Dans les années 1980, la synagogue n’était fréquentée que par un petit groupe de dix a quarante personnes. À cette époque, il s’agissait de la plus ancienne synagogue toujours en usage dans la région de Montréal.
La synagogue ferme suite à un incendie en 1988. Elle est vendue à un promoteur, qui songe la démolir. Certains groupes patrimoniaux s’insurgent, voulant conserver cet édifice pour un usage communautaire. La communauté caodaique vietnamienne achète le lieu et conserve la vocation religieuse/communautaire, bien que leurs pratiques sont très éloignées du judaisme des premiers occupants.
Le temple caodaique ouvre en 1992. Cette religion se veut une synthèse de cosmologie taoïste, morale confucéenne et de foi bouddhique. Bien que datant seulement de 1920, la religion est maintenant pratiquée par environ 1 à 5 millions de personnes au Vietnam (1,5% à 7,5% de la population totale). À l’intérieur de temples caodaïques on retrouve une décoration abondante où Jésus partage l’espace avec Bouddha et Confucius. La religion reconnaît également certains saints plus récents: les révolutionnaires Lénine et Sun Yat Sen, le dirigeant anglais Winston Churchill et les penseurs Victor Hugo et René Descartes.
L’atmosphère chaleureuse de l’ancienne synagogue change avec la disparition des meubles en bois, des rideaux, et de la plupart des luminaires antiques lors de conversion du lieu en temple. La communauté caodaïque a reconfiguré le sanctuaire à son image, y ajoutant beaucoup de couleurs et d’éléments propres à ses rites et culture. Les bancs ont été remplacés par des coussins disposés en rangées sur les nouvelles tuiles en vinyle au sol, par exemple. Cela dit, les grandes lignes dans la morphologie du sanctuaire sont restées les mêmes avec le transfert des congrégations.
Il est intéressant d’aller jeter un coup d’oeil au temple lors de ses célébrations hebdomadaires. Les caodaistes sont accueillants et heureux de partager leurs traditions (sans tomber dans un proselytisme accaparant). Une visite permet de lire les nombreuses couches d’histoire du lieu tout en découvrant une religion méconnue.
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Christopher DeWolf says:
Interesting article. There are a lot of repurposed synagogues in this part of Montreal. Many of them were quite large, like the one at Fairmount and Esplanade that has been converted into a French private school. (Although it has a new Modernist façade, Hebrew writing is still visible on the top of the building.) The Ukrainian Federation at Hutchison and Fairmount used to be a synagogue, as did the little Haitian Pentecostal church on St. Urbain.
Unfortunately, Montreal’s grandest and most beautiful synagogues were destroyed by fire or demolition.
February 2nd, 2007 at 1:41 pm
Patrick Donovan says:
An interesting booklet was published in 2000 which shows the location of about 30-50 repurposed synagogues in Mile End and the Plateau (Traces of Montreal’s Jewish Heritage: The Synagogues of the Plateau Mont-Royal in the 20th Century). The interesting thing about this particular synagogue is that’s it’s far north of the railway tracks and older than many others. Most Jews in Montreal were still down on the lower plateau when it was built.
Though hardly grand, Montreal’s Bagg Synagogue on Clark street is probably the most attractive of Montreal’s old synagogues that have retained their original use.
February 2nd, 2007 at 4:49 pm
Christopher DeWolf says:
I’ve never been in the Bagg Street Shul, but there was a recent article in the Canadian Jewish News that described its current situation. It’s an interesting place.
February 3rd, 2007 at 12:41 am