Indiana Jones Arrives in Catania: Palazzina

DCORBEIL | Una candela nella notte, 2008

Matin de soleil discret et de fraicheur prenante. J’ouvre le double battant de cette vieille fenêtre. J’y prend, le temps d’un instant suspendu, une large bouffée d’air. Au loin, des bruits sourds. Cris stridents. Voitures agressives. Cinq heures le matin : la ville se réveille déjà. Aurore violet. Je regarde la rosée qui suinte le long des vieilles pierres de ce palazzo.

Enivrement baroque.

Après une arrivée tardive, j’avais installé temporairement ma vie dans un gîte trouvé à la hâte sur internet. B&B Da Lucia. Un espace central, à partir duquel je pourrais poursuivre ma découverte de Catania.

D’ailleurs, la nuit fût courte, bercée par le vrombissement des motos et autres deux-roues qui tintamarraient sans gêne en toussant et en maugréant leurs mécaniques désuètes. Fumée noire. Foule opaque au pied de mon immeuble. Même quelques putes, des Bulgares, Slovaques et autres Hongroises. Désillusionnées, elles cherchaient des clients comme si elles bazardaient leurs propres corps. Une vie aux immondices.

Promenade nocturne. De larges rues noircies coupées par ces serpentins qui ficèlent les vieux quartiers. Une grande place : cette église qui veille sur la ville, telle une chandelle dans la nuit.

Mouvements en accéléré. Rythmes cardiaques soutenus.

Retour à l’éveil, je laisse les souvenirs de la nuit s’estomper dans un souffle très doux et me prépare avec plaisir pour la découverte de Catania, éclairée par un soleil du sud.

Je décide d’étirer la matinée en poursuivant mes lectures. Comme seul guide de la Sicile, j’ai docilement traîné La vie errante, de Maupassant, dont la mise à jour remonte à la fin des années 1880. Son actualité perpétuelle surprend. Éberlue.

Sept heures. Je fais ma toilette, surpris par cette fumée produite en urinant. Espace restreint. Douche lilliputienne. Cette ardoise glacée agresse mes pieds endormis. C’est vrai que ce petit studio déborde d’humidité. J’attrape un pantalon lourd et porte un gilet de laine à mon corps. Une veste, pour l’élégance.

Huit heures. Je paresse toujours, le livre de Maupassant à la main. Je décortique la petite chambre d’un regard flâneur. Un lit de bois, pas très large. Un vieux sofa, assez mou, en cuir marron. Ce cadre, hideux, de paysan tirant sur de larges épaules deux paniers, affichant bêtement une expression burlesque, le rictus mauvais. Quelle horreur !

Neuf heures. Je me tiraille jusqu’à la porte. La rue et son vacarme m’attendent deux étages en bas. Escalier de pierres qui se tortille maladroitement jusqu’à une cour intérieure. Grille de fer : je passe un temps indéfini à trouver le mécanisme d’ouverture.

Voilà un jardin, qui m’avait échappé la veille. Il est joli et agrémente ce matin qui tarde à s’éveiller. Une vieille, le cul énorme, s’acharne à lui donner une forme respectable. Cheveux noirs, le chignon en guise de chapeau. Sourire large. Elle me lance quelques salutations à coup de petits signes avenants.

Piazza Stesicoro. Le tumulte m’agresse avec une force inattendue. Soleil devenu intense : il forme un voile qui brouille mes sensations. Chaleur subite.

Je pose mon chapeau et porte une main à mes yeux. Je suis un acteur.

J’avance, d’un pas sûr, dans ce théâtre de la vie.

Daniel Corbeil is a planer and designer. He lives in Montreal.

Notes

Catane (Catania), forte de 897 000 habitants en zone métropolitaine, est le centre économique de la Sicile orientale. En bordure de mer, elle demeure un point de services majeur, son port maritime et son aéroport étant parmi les plus importants de la péninsule italienne.

Aujourd’hui, la ville demeure le principal point de départ pour les excursion sur l’Etna, le plus haut volcan actif d’Europe. Par ailleurs, elle est reconnue pour sa movida, étant un centre de la contreculture et offrant une vie nocturne riche.

Le vaste secteur central de la ville, fondée vers 700 av. J.C. par les Grecs, est devenu, suite à une catastrophe majeure au 17e siècle, un ensemble baroque unique et reconnu par l’UNESCO. Ces larges avenues rectilignes coupent les quartiers anciens du port, qui serpentent dans une trame organique antique et héritée de la longue présence arabe en Sicile.

Maupassant, écrivain français reconnu, fît, vers 1890, à l’instar de nombreux intellectuels européens de l’époque, le fameux voyage en Italie. Son périple le porta de Palermo à Syracusa, en passant par Taormina et Catania. Selon plusieurs auteurs, ce voyage changea drastiquement sa vision de la vie. Il poursuivit ensuite son séjour en Afrique du Nord, au Magreb. Il meurt quelques années après son retour, à Paris, la santé mentale fragilisée.

Maupassant, Guy de ; « La vie errante », 1890 [disponible en ligne]

This entry was written by Daniel Corbeil , posted on Friday January 29 2010at 11:01 am , filed under Europe, Fiction, Society and Culture and tagged , , , , , . Bookmark the permalink . Post a comment below or leave a trackback: Trackback URL.

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