This Café is Seething! Guy-Concordia Station

DCorbeil | Passage, Montréal 2010

Guy-Concordia Station : 18h37. Il y à cette foule touffue, opaque, qui me traverse sans même me voir. Je suis là, pourtant, à multiplier les clichés de cette cohue fébrile et qui s’agglutine, comme le mercure qui se déverse sur le sol. Une tâche métallique, au reflet d’un soleil au bord du crépuscule.

Concordia University, un nom qui résonne et qui rebondit, de sa longueur et de son élan, le long des parois académiques de ces pavillons de verre éclaté. Mille milliers de ces étudiants qui piétinent et qui vocifèrent dans tous les sens. Étourdissement, asphyxie. Un tourbillon humanoïde.

La gueule triple de la station m’interpelle. Un siphon mécanique qui m’entraine, au rythme des tambours et des pas lourds, dans la bouche béante du métro. J’ai le tournis et me pose contre un mur. J’étire un soupire long et précis, en direction de la rue envahie. C’est la fin de l’heure de pointe: déjà la foule se montre plus sélective.

Montréal me permet de voyager sans dépenser le moindre centime. À chaque station du métropolitain, je peux y découvrir un sous-produit du tout montréalais. Ici, je retrouve grossièrement ce que j’ai laissé à Toronto, lors d’un passage éclair, au détour d’un bus entre Coach Terminal et le St-Lawrence Market. Un paysage urbain subtile, mélange curieux. Mélodie hypothétique. Garam massala sur un fond de safran.

Et c’est à ce moment précis, la tête en pleine course vers le dédale du quartier, que cette fille me percute.

Longue. La forme arquer, la poitrine hardie. Elle n’est pas très belle, plutôt agréable. Jolie et insouciante. Une européenne, assurément. Elle me regarde la regarder avec un sans-gêne qui me ridiculise. Je me sens risible. Une risée. Elle rougie tout en fonçant, sans vouloir se soucier de mon inconfort.

DCorbeil | Double, Montréal 2010

Les yeux cachés sous de larges lunettes fumées, je la prend au vol et la poursuit, sans raison apparente. Sans la suivre avec acharnement, je la pourchasse du regard et m’intéresse à connaître le destin qui l’attend dans les prochaines secondes. Dans ces quelques dizaines de mètres qu’elle franchit à une vitesse étourdissante.

Une tonne de vies balancées ainsi vers la mémoire. Existences partagées en permanence entre le moment présent et l’instant passé.

La fille bascule vers l’Est et puis, sur Mackay, vers le nord. Elle marche du pas généreux de ceux qui connaissent leur destination. Je la talonne de plus en plus près, en prenant méticuleusement soin de dégager un détachement apparent et hautain. Elle tourne brusquement, s’arrête. Pénètre la vitrine miniature de ce commerce anonyme. Je suis piégé par ma propre curiosité frivole.

Je lis Myriade. Une pancarte naine qui annonce un café, circonscrit par une terrasse exiguë.

Je marque l’arrêt d’une soudaine quinte de toux. Je me pose.

Mais qui est cette fille. Et pourquoi je la poursuis ainsi. Et jusqu’à où cela me mènera. Devrais-je fuir avant qu’il ne soit trop tard. Suis-je si ridicule.

Et si c’était celle que je cherche. Non, probablement une autres parmi celles que j’ai perdu déjà.

Je range mon nikon dans ce sac-saucisse que je balade partout. Ce café bouillonne, et déverse son flot en moi. Odeur nacrée, couleurs amères.

N’ayant rien à perdre, je retire mes lunettes puis m’engouffre dans la lumière tamisée du petit bistro inconnu. Un destin que j’ignore m’attend assurément quelque part par là…

Notes de l’auteur

Myriade est un café ouvert récemment dans le Quartier Concordia. Déjà fort respecté pour la qualité de son espresso, influencé notamment par le style de la Côte Ouest. Actuellement, il attire une foule jeune et entousiaste, non seulement parmi les étudiants de l’Université Concordia voisine, mais également des autres quartiers montréalais.

Ouvert jusqu’à 20h, voir 21h, chaque jour.

This entry was written by Daniel Corbeil , posted on Thursday March 18 2010at 12:03 am , filed under Canada, Fiction, Society and Culture and tagged , , , , , . Bookmark the permalink . Post a comment below or leave a trackback: Trackback URL.

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