May 6th, 2010

Noodles and a Sex Shop

Posted in Canada, Demographics, Fiction, Society and Culture by Daniel Corbeil

DCorbeil | Noodles in West Downtown, Montreal (2010)

J’avance, j’arrive à ce qui semble être les confins de ce quartier.

Un dimanche soir pluvieux. Mi-printemps boueux, 23h42.

L’odeur est très désagréable, ça me prend au nez. Pas étonnant, un îlot complet à récemment été calciné. Quel gâchis ! De grands bâtiments aux arcades encore sensibles, qui tombe en ruine, qui semble prêt à tomber. Dans la rue, je suis désormais presque seul.

À l’intersection, une ample place. Métro Atwater : un immense forum, un cinéma gargantuesque et puéril.

Elle m’étonne : malgré que je sois si prêt du centre-ville, à un jet de pierre de la tourelle de la bourse, cet espace est vide. Vide. Et vide de sens.

Dans un angle de la ville qui semble vide de tout sens d’urbanité. Je suis déstabilisé.

Je retourne sur mes pas, je n’aime pas les limites.  Sans pour autant éprouver le moindre désir à me voir traverser cet îlot à nouveau, incinéré, laissé pour compte, et où l’odeur de la poussière est si forte qu’elle me prend à la gorge. M’étouffe ! L’indigeste sentiment est d’autant plus fort lorsque je balaye ces vitrines, brisées, d’où émanent, d’un coup de bourrasque, ces souvenirs d’une nuit enflammée.

Je traverse.

À trente mètres, des voitures qui attendent, retenues par la lueur rougeâtre, moment d’arrêt d’une course effrénée. Tout prêt, un couple, enfin. Cette jeune femme, éclatante, qui se tient si droite. On dirait un soldat de plomb, en inspection, alors que cet homme reste immobile à la curer d’un regard mou, assis nonchalamment sur les marches d’un townhouse victorien aux portes noircies par la suie. Loin d’elle, pourtant si belle.

Je marche toujours vers l’est. Je n’aime pas les limites, je rebrousse chemin.

Pêle-mêle : trottoirs désertés, vitrines placardées et inintéressantes. Couleurs détestables. Commerces mafieux. Ambiance tchernobylienne.

Je presse le pas : ce paysage éthéré me donne le vertige. Déjà, à quelques rues de là, les enseignes se font plus rassurantes.

Animation nocturne. Des bars, des clubs de nuit. Des restaurants. Il me semble arrivé dans un autre monde.

Je retrouve le quartier que j’ai quitté, il y à dix minutes à peine, et je le découvre d’une oeillade nouvelle. Coréens, chinois et autres japonnais – pourtant peu nombreux à Montréal - se partagent la zone. Ils vendent leurs nouilles, présentent leur Karaoké. Invitent à boire leurs thés.

Entre-temps, ces petits bistros éjectés de l’Asie sont ponctués par des boutiques érotiques, aux façades solennelles, qui présentent de désuets visages typiques des années 1980 et 1990, statufiées, alors que Montréal était encore une ville au bord du gouffre, gommée par la banlieue et son vocabulaire postiche, reconstruite avec le sentiment du grand désespoir. Désormais, ces pauvres bazars du sexe semblent à peine survivre, dans un monde où la pression immobilière se fait si forte, et où les asiatiques et leurs milliards envahissent le forum.

On s’y fait un nouveau monde, comme Christophe Colomb le rêvait sans doute. Une planète de nouilleries et où les pékinois portent en coeur un chandail du Canadien

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