Memories of Mercier: Montreal’s East End

DCORBEIL | Flou, (Montréal 2010)

Métro Mont-Royal, une fin d’après-midi de la mi-août. L’été est sur sa lancée finale : température clémente, soirée légère à la brise appaisante. Mont-Royal-Berri-Langelier : j’embarque dans le ventre de fer pour un tour de ville paresseux. À l’autre boût de Montréal, mon frère et sa femme m’attendent, impatients et heureux.

Un moment calme, entre les pièces musicales, alors que le train me baladent, pataud et bougonneux.

Langelier : je débarque en vitesse du métro, faisant un large pas au sortir du serpent. Je sens sa mécanique chaude, lourde : les muscles de la bête, fatigués, par quarante années d’aller-retour incessants au travers de Montréal. Une seconde passe alors que je ferme les yeux. Un odeur. Une sensation : le premier pas dans mon passé. Les familiarités se font percevoir dans un mouvement léger et discret, alors que j’arrive difficilement à pressentir ces éléments qui marquent le temps et créent une distorsion dans mes émotions.

Je grimpe à pieds larges les marches bétonnées de la station. Elle n’a rien de différent, il me semble, par rapport à ce quelle était il y a vingt ans de ça. Pourtant, quelques choses est légèrement altéré: un peu plus sale, un peu plus inquiétante. Ce bitume qui s’effrite, ridé et perceptible, le long de ces plafonds gris et uniformes.

Une vieille dame de l’Est de Montréal.

Un souffle de vent brusque et violent me force à atterir sur le pavé : rue Sherbrooke Est, angle Langelier. Ce vieux carrefour commercial, démodé et un peu repoussant. Une horreur émouvante.

Sans même prendre le temps d’y penser, je me glisse dans la peau de l’enfant que j’étais et descend les rues ombragées vers le port et ce passé qui m’attaque, m’assaille. Au bas, mon frère et sa femme m’attendent pour un repas.

C’est que ce frère à décidé, sur un coup de tête, de revenir dans le quartier, après un long passage dans la campagne montréalaise. Un moment de nostalgie, une décision finalement mure et conséquante. Un retour au berceau natal, il me semble.

Les rues tournent irrégulièrement dans ce faubourg alors que je traverse la ville vers le sud. Granby, de Lessep, Pierre-de-Coubertin : autant de noms, autant d’images familières. Mercier : quartier aux briques rouges et aux ruelles larges. Mercier : deux kilomètres carrés d’enfance et de souvenirs.

Le dernier refuge de la montréalité avant l’abysse du Port et ses bateaux transantlantiques.

Un repas à l’ombre, dans ce petit appartement qui ressemble en tout point à celui qui à bercé mes dix ans. Sans même y penser, je me dirige d’une pièce à l’autre jusqu’au moment ou je rage en cherchant cette toilette qui à été déplacée.

On rigole, on s’amuse. On discute du temps qui passe.

Et puis on s’envole, d’un pas décidé, vers cette école qui nous à vu se défiler.

Je suis choquer de la surprendre, si exiguê désormais. La brique qui s’ébranle, les murs qui menacent de crouler. Ce petit morceau d’enfance, qui va sombrer, ces souvenirs violents qui disparaîtront vers l’éternité.

Je prend le temps de regarder le large : toujours ces lumières qui bercent le fleuve, ces navires qui me font rêver. Le goût du voyage m’avait surpris dès la tendre enfance et avait pour toujours influencé ma destiné. Mon frère et moi nous nous regardons, dans un silence complice : autour de nous ces ruines mélancoliques de ce quartier populaire, traces de notre passage infantile d’un début de vie mouvementé.

Nous poursuivons la balade, sous un ciel rougeâtre puis violacé.

À quelques pas, ce parc, aux jeux disparus, surplombé d’une vieille et noble maison de pierres, témoin de nos étés. À ses pieds, cette piscine bétonnée, à la noble fontaine au lion disparue. Le temps qui aura vaincu.

À l’ombre de nos trente années, voilà vingt étés que nous nous sommes retrouvé ici, enfants que nous étions. Naifs et la vie devant nous. Le casse-tête de nos souvenirs s’assemble lentement, par pièces disparâtes. Les anecdotes font surfaces, alors que nos yeux se sont croisés.

Nous prenons le temps de nous accoter, sur cette rambarde défraichie. Je regard mon frère, le témoin disparu : ces morceaux d’enfance se sont désormais réveillés.

Le vent tourne enfin : les frères que nous sommes se sont maintenant retrouvés.

This entry was written by Daniel Corbeil , posted on Wednesday August 18 2010at 01:08 pm , filed under Canada, Fiction, Society and Culture and tagged , , . Bookmark the permalink . Post a comment below or leave a trackback: Trackback URL.

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