In Sicily, Between Now and Eternity / 2

Un percorso in campagna, Sicilia

Après trois jours de pluie, le soleil arrive enfin, d’abord par petites apparitions discrètes et puis les nuages vont se déposer doucement sur l’horizon, laissant la place à une lumière ambre d’aplomb.

Ce matin là, nous partons rencontrer mon futur employeur sur la base militaire américaine de Sigonella, à quelques kilomètres d’ici, dans la campagne qui sépare Lentini et Catania.

Pris par la nostalgie de mes souvenirs, je porte attention sur ce paysage généreux qui s’offre à moi : plaines verdoyantes, champs d’oranges, collines escarpées et puis l’Etna, ce titanesque volcan, qui, profitant d’une percée de soleil remarquable, s’offre enfin à mes yeux.

C’est la première fois que je sors de Lentini. Ce sont les premières parcelles de la Sicile que je découvre, et je me promet secrètement de ne pas rester enfermer trop longtemps dans ce bourg, hypnotisé comme je le suis par la beauté intemporelle de cette nature.

La voiture glisse doucement, de temps en temps secouée par un trou béant. Nous empruntons un chemin, puis un autre, tournons sur une route paysanne et puis parcourons une allée en terre battue. Ces chemins sont si étroits qu’à peine nous y circulerions à deux. Et pourtant ! D’immenses camions nous croisent par surprise, parfois transportant des oranges par centaines de caisses.

Par moment, le trajet est ponctué par la présence d’une prostitué, tel que je l’avais déjà remarqué au voyage précédent plus près de Catania, accotée invariablement sur un arbre ou assise sur une chaise de fortune. La plupart sont des africaines, et il me semble qu’elles ont encore les cheveux mouillés pour avoir traversé la mer sur une planche.

Puis il y a ces vieux bâtiments de ferme, parfois une carcasse de voiture. Quelques immondices qui ponctuent et pullulent le paysage bucolique.

Nous aboutissons finalement, au bout d’une demi- heure, sur une large autoroute, droite et propre, qui mène directement sur la base américaine.

J’ai l’illusion forte d’être sur la Hightway 95, qui descend au travers du sud américain, vers la Floride.

Nous arrivons aux portes de la base, toutes barricadées et solidement ceinturées par une clôture couronnée de barbelée. Une incroyable file de voitures nous fait face, chacune devant présenter carte blanche pour pénétrer au firmament. Cette douce paranoïa américaine me rassure un peu.

Nous devons débarquer pour m’enregistrer auprès du service de sécurité. Sur un ton agressif, le soldat me demande une quantité incroyable de renseignements personnels. C’est à peine s’il ne cherche à identifier la couleur de mes sous-vêtements et si je n’aurais pas, par hasard, quelques virus impropres dans mes poumons. Nous passons sans maugréer.

Une fois à l’intérieure, j’ai l’impression de me retrouver sur un campus universitaire, exception faite qu’il faille remplacer les étudiants par des soldats et les voitures par des tanks. Pour le reste, qu’une longue et large pelouse, divisée par quelques petits trottoirs proprets. Un Burger King, un « Big Al Pizza » et la fameuse Bank of America. Il y a même un Mini-mart où se vend du Peanut Butter en caisse de douze.

Une illusion parfaite.

Les bâtiments sont d’une propreté et d’une sobriété exemplaire. Il n’y a aucune confusion possible : nous sommes en sol américain, aseptisé et uniformisé.

L’entrepreneur, un vieil italien qui se promène en Mercedes noire, nous reçoit dans une roulotte qui fait office de bureaux, sur un petit chantier de construction. C’est le seul endroit de la base qui me semble mal entretenue.

À l’intérieur, tout le monde fume, malgré les multiples affiches l’interdisant. Pas de doute, je suis bien revenu en sol italien.

J’ai l’impression qu’ils ont tous la même tête hirsute, la barbe un peu longue et la cigarette au bec. Tous portent une alliance, je me retrouve dans la fraternité des hommes mariés.

On parle sicilien, on parle italien. Ensemble, ils semblent maitriser cinq ou six mots d’anglais. Si l’on conjugue à la trentaine de mots italiens que je connais, je pourrais dire que nous tentons de construire une conversation avec trente-cinq variantes.

Une inquiétude m’envahit à la seconde ou nous commençons à discuter. Je fais de mon mieux, je présente mon CV, traduit en italien pour la cause. Je leur parle de mes expériences antérieures, de ma volonté de m’installer ici, de bien apprendre la langue.L’entrepreneur m’interroge sur ma vie en générale, sur le climat froid canadien, sur les méthodes de construction en Amérique. Je tente tout pour ramener la discutions sur les sujets qui devraient nous intéresser : le travail, les conditions, le salaire, les formalités à compléter.

Sa compagnie est plutôt petite, une cinquantaine d’employés, incluant les ouvriers, et son siège se retrouve à Catania. Actuellement, il est très occupé car il doit construire un pavillon, un commerce et quelques bureaux à Sigonella. D’ailleurs, en toute logique, il aurait besoin de moi pour travailler uniquement sur le base, principalement pour lui faire office de négociateur avec son principal client: l’armée américaine.

Nous convenons sur un salaire de départ qui me fait sincèrement pleurer, mais il promet de revoir ma situation à la hausse dès le troisième mois. Il demande à voir mon VISA et mes documents d’autorisation.

D’ici lundi prochain, je devrais pouvoir entrer en fonction.

À suivre…

This entry was written by Daniel Corbeil , posted on Wednesday March 02 2011at 02:03 pm , filed under Europe, Society and Culture and tagged , , , . Bookmark the permalink . Post a comment below or leave a trackback: Trackback URL.

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