Lido di Ostia – ruine, fantasme et nostalgie

Renato Guttuso, Spiaggia, 1955-1956

J’embarquai dès le matin dans ce fantasme au bord de la Mer de Rome et qui traine toujours avec moi, comme un paysage qui me harcèle.

Ce n’est qu’un paysage, une carte postale tragiquement exotique – et qui me fit revenir en mémoire avec force l’oeuvre Spiaggia de Guttuso, le peintre sicilien mort à Rome. Seulement un panorama, de ruines et de routes ceinturées par ces pins parasols, et qui, tel les bras du Tibre, se jettent dans la mer azure qui borde la cité de Rome et son antique port d’Ostia.

On commence par prendre ce train, à la Basilique San Paolo, et qui nous mène au travers des banlieues pavillonnaires jusqu’à ces paysages de la campagne romaine. Nous ne sommes pas encore à la mer, que déjà nous accroche le Quartier Euro et où le souvenir du fascisme nous domine et crée cette étrange amertume d’une époque que pourtant je n’ai pas connu, mais qui me fascine comme tout architecte cherche à comprendre cet homme nouveau que le modernisme souhaitait façonner. La Rome nouvelle et le romain moderne imaginés par Mussolini. Cet échec d’une recherche de la perfection, idéologique.

Ostia Antica

Mais bientôt ce paysage surréel laisse sa place à cette campagne verte. On débarque à la gare d’Ostia Antica et on cherche la ruine, superbe, que l’antique port maritime d’Ostia, demeuré presque intact plus de mille deux cents années après son abandon et son ensablement. C’était ici que grouillaient les marins et les marchands et où transigeaient les milles marchandises dont Rome – métropole immensément peuplée – s’affairait à faire venir des quatre coins de son vaste empire. Et si aujourd’hui le silence règne sur un tableau de rues ensablées et balayées par un vent du large – la mémoire et le rêve nous laissent imaginer un port animé, surpeuplé et assurément dangereux, comme les ports de New York au 19e siècle ou Hong Kong aujourd’hui..

Et puis lorsque la ruine nous épuise, l’on tourne vers la gare et on prend le chemin – bref – qui nous mène en train vers la station balnéaire développée entre le début et le milieu du siècle dernier. L’on se surprend à apprécier la mélancolie de ces villas colorées, de ces rues ombragées. De ces placettes en front de mer et où une jeunesse italienne vague sans se soucier des milliers d’hommes qui ont laissé leur marque dans ce panorama riche d’histoire. Ils ne pensent peut-être même plus aux combats menés par les dernières générations, pour une Italie différente, ni à la mort violente de Paolo Pasolini dans les années 1970, écrasé ici-même sur la plage, par sa propre voiture.

Lido di Ostia

Et pourtant, moi, me reposant à cette table, un martini à la main, j’ai le souvenir brutal de cette toile de Guttuso, Spiaggia, et avec elle celui d’une époque qui s’est éteinte mais qui à laissé ici, à Ostia, le fantasme d’un plaisir frivole, désormais balayé par ces vagues d’une mer azure comme celle qui berce nos rêves.

Douce nostalgie, lorsque tu nous apaise, et que l’on savoure l’insouciance du temps qui passe et des paysage qu’il façonne…

 

This entry was written by Daniel Corbeil , posted on Sunday October 09 2011at 06:10 pm , filed under Art and Design, Europe, History and tagged , , , , . Bookmark the permalink . Post a comment below or leave a trackback: Trackback URL.

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