Rome, cité envoutante…

Erasmus, Giardino degli aranci, Roma

Les matins se succèdent à un rythme soutenu et déjà depuis une semaine je suis ici sans pouvoir prétendre comprendre ni saisir l’essentiel d’une ville tentaculaire. J’ai parcouru, à la marche, en métro, en tram, en voiture et en bus ces milliers de kilomètres de rues parfois monumentales, parfois disparates, sans trouver le fil conducteur d’une cité devenue immense par son histoire plusieurs fois millénaire.

Et toujours, le véritable essence de Rome se défile alors que je pensais la saisir, pointer le réel, stabiliser une lecture de cette métropole folle et amoureuse. Et pourtant les adjectifs se multiplies : Rome l’éternelle, la ville aux milles églises, la cité antique autour d’une chaotique mégapole du 21e siècle. Le beau, le laid. La ruine d’Auguste, le fascisme de Mussolini, l’avenir présenté par Odile Decq.

Et rien n’est jamais vrai ni si juste dans mes mots que le portrait que je dresse de Rome est balayé par le vent de la mer.

Ce soir, lors de la passegiata, je prend le bus 280 qui longe paresseusement les rives du Tibre et me dépose aux pieds de l’Aventino, cette colline-quartier qui borde le fleuve depuis l’antique cité. Hier soir, j’ai repéré ces clochers médiévaux perdus dans cette forêt de pins parasols alors que je faisais une soirée à Testaccio et curieusement, je n’avais jamais pris le temps d’aller parcourir cette butte. Je trouve un chemin de pierres, en pente très raide mais assez large pour une voiture, et qui débouche sur une série d’églises et de monastères en pierres brunâtres.

Là-bas, en bordure de la colline, se trouve l’antique ordre de Malte. Des jeunes font une courte file pour jeter un oeil au travers du trou de la serrure de l’immense portillon. À mon tour, comme eux, je suis surpris d’y voir, parfaitement encadré par un chemin d’arbres, l’immense dôme de Saint-Pierre.

La végétation est d’une densité si rare et les nuées d’oiseaux produisent une musique qui me calme.

Et puis je suis surpris de trouver en haut, des jeunes, et qui se dirigent par petits groupes vers ce qui semble être un jardin ceinturé par ce vieux murs en chaux. En les suivants à nouveau, je découvre cette villa où un chemin sépare des rangés d’orangers très verts. Au bout, un belvédère.

Et puis simplement une vue, très douce, d’un paysage de collines et de clochers. À nos pieds, ce fleuve étrangement enclavé par la cité et qui serpente jusqu’à une mer imaginaire.

Il est à peine 18h et déjà le soleil est dans sa course folle vers la nuit. Tout Rome est éclairée par cette lumière oblige et orangée. Nos visages, caressés et par le vent et par ces rayons, sont apaisés.

Et puis je repère cette jeune femme fascinée, perdue dans la contemplation du paysage. Une image, une ville, que l’on embrasse tous d’un seul regard. Un panorama intense.

Et peut-être je réalise enfin que Rome demeurera une incomprise, égarée par les siècles de son histoire, meurtries par les blessures de son passé et pourtant, forte et tenace par un avenir qu’elle voudra meilleur encore. Comme une femme qui à vécue, et de laquelle on croise le regard profond et que l’on comprend, à cet instant, que le temps est un lourd héritage qui forgera notre vie.

Et le regard de cette femme envoutante, j’aimerais m’y perdre à jamais et me laisser bercer dans ses bras, comme Rome avec son fleuve-serpent millénaire…

This entry was written by Daniel Corbeil , posted on Sunday October 16 2011at 02:10 am , filed under Europe, Public Space, Society and Culture and tagged , , , . Bookmark the permalink . Post a comment below or leave a trackback: Trackback URL.

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