La ville à l’échelle animale

Friend of man.

Bobo-Dioulasso. Photo : Matthew Bradley

Il est commun maintenant de dire d’une ville qu’elle est à l’échelle humaine. Il s’agit plutôt d’un compliment, généralement, mais a-t-on déjà vu une ville à l’échelle animale ?

Je réponds oui, et j’y ai vécu un court instant. Il s’agit de Bobo-Dioulasso, une ville du Burkina Faso, petite en terme de population, environ 500 000, mais élastique en terme de distance. Comme les bâtiments sont pour la plupart courts sur pattes, rarement deux étages, exceptionnellement trois étages ou plus, les distances s’étirent. D’ailleurs dit-on, peu de Bobolais marchent leur ville, préférant le vélo, la moto et exceptionnellement l’auto. Le curieux réalise rapidement que c’est faux et que plusieurs de ces citoyens n’ont d’autres choix que d’user leurs sandales sur l’ocre et le goudron.

Ici la ville se marie à la campagne : l’urbain n’est pas certain de son identité. Du reste, comme le Burkinabé en général est massivement campagnard, on s’étonne moins qu’il amène sa campagne en ville. D’abord, sauf exception des grandes avenues, la plupart des routes sont en terre. Ensuite, il n’est pas nécessaire de faciliter la vie aux visiteurs par des repères clairs basés sur les bonnes pratiques en matière de circulation routière et donc comme à la campagne, les points de références visuels sont les seuls aides (pont, courbe, mosquée, gare, rond-point, maquis, etc.). Et enfin, rare sont les Bobolais capables de lire une carte, donc inutile de prendre se raccourci.

Ainsi, coqs, poules, chiens, chevaux et ânes y sont plutôt à l’aise, ces derniers, les plus notables. Pas qu’ils soient les plus bruyants, mais les ânes sont véritablement les plus utiles ; très tôt le matin, ils sont attelés pour quérir le bois en forêt qui sert à mener à bien tous les travaux quotidiens du domicile (cuisine, lessive, ménage, etc).

Le jour suivant, ces ânes sont mis au repos et remplacés au boulot par des frères. Libérés par leurs maîtres, ils passeront alors la journée à flâner, à bouffer l’herbe, à errer en ville. En soirée, les ânes sont rois et maîtres de Bobo.

Doin’ it in style.

Photo : Matthew Bradley

Cabra callejera.

Photo : Matthew Bradley

This entry was written by Jean-Mathieu Nichols , posted on Wednesday February 27 2013at 05:02 am , filed under Africa and Middle East, Environment, Public Space, Society and Culture and tagged , , , , . Bookmark the permalink . Post a comment below or leave a trackback: Trackback URL.

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