Europe Through the Eyes of Others
Roma
Barcelona
Madrid
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This week’s photo reminds me of the waves of sweet, musky tobacco smoke I sometimes encounter when walking down the street — an experience that is becoming increasingly rare. It was taken in Freiburg, Germany, by Flickr user vaquey.
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Vie di Ortigia, Siracusa
Après mon passage à San Giovanni alle Catacombe, j’explore la zone, repère quelques commerces où je peux faire mes courses. Et puis je m’arrête dans un bar, histoire d’apprécier un caffè en ce milieu d’après-midi chargé par la chaleur. Il n’est pas difficile de trouver une bonne place, un bistro pointant à chaque vingt mètres. Avec la densité des tours, des milliers de gens doivent bien vivre ici, à Neapolis.
D’ailleurs, alors que je m’apprête à reprendre la route, le brouhaha des voitures, des passants et des criards se fait sentir avec intensité. C’est vrai que la pause du déjeuner vient de terminer et que chacun se retrouve dans son va-et-vient routinier et nonchalant. Sauf moi, qui n’a certainement pas le plaisir d’obéir à une routine, de respecter un horaire. D’avoir ne serait-ce qu’une raison pour me mouvoir.
Je décide malgré tout de descendre enfin vers la vieille ville. Tout d’abords, je me trouve à traverser ces quartiers toujours aussi denses, mais dont les maisons s’écrasent de plus en plus, parfois n’ayant qu’un seul étage. À l’occasion, elles ressemblent presque à des entrepôts, tant leurs façades sont minimalistes, si ce n’était d’une frise élégante ou d’une porte légèrement ouvragée. Un baroque pour les pauvres, j’imagine.
Et puis soudainement la ville reprend sa forme monumentale, à Umbertina, et on devine une époque où ces rues étaient plus chics, plus roses. Comme une longue prose, dont la beauté éternelle est assourdie par le passage du temps. Et puis, ces couleurs, lavées par il me semble par une pluie forte et longue, au travers des trois derniers siècles. Puisque Siracusa fêtera bientôt ses trois millénaires d’histoire, ces ilots de vieillesse n’en sont pourtant qu’un témoignage récent.
Voilà ce pont à franchir : de l’autre côté, se découvre enfin Ortigia.
This week’s photo was taken with an iPhone by Matthew Burlem in the London underground. The Polaroid effect comes from running the image through the iPhone’s Polarize app.
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J’apprend que j’ai atteint, au crépuscule de cette épuisante journée à longer le fleuve Anapo et cette route qui serpente à ses côtés, la cité de Belvedere, qui culmine au sommet d’une colline et dévoile un large panorama de la Sicile orientale. Déjà, le cours d’eau historique disparait au loin vers le rivage, devenant par moment une simple coulée puis un large ruisseau, pour finalement se jeter dans la mer, non sans offrir aux yeux des riverains le spectacle des plants de papyrus, les derniers d’Europe dit-on par ici.
Et puis cet îlot que je vois à la limite de mon horizon, assis sur une mer azure, est bel et bien Ortigia, coeur historique de Siracusa, où j’ai l’espoir de trouver un débouché à ma situation si précaire.
Je cherche désespérément où passer cette nuit à venir, tant mes jambes me font mal.
Il y a ce bar, à la sortie de la cité, dans lequel j’entre et consomme sobrement un petit café amer dilué par une mousse épaisse. Il est un peu passé vingt heures et l’unique autre client est un vieillard mal habillé, au pentalon taché de rouille. Un fermier. Le barrista, petit et gros, me dévisage un peu en épongant le petit comptoir de bois. Je suis arrivé dans un village de fous furieux. Cette nuit, on me prendra vraisemblablement par le califourchon, on me goudonnera et puis on me plumera avec des restes de poulets.
Amer, je reprend chemin le long de la via Siracusa et après une vingtaine de minutes, je prend une traverse et bute sur une colline où s’étire la forme d’une vieille forteresse, qui semble antique. Une espèce de château, d’où partent des murs de pierres en direction de la mer. L’affiche informative annonce le Castello Eurialo.
C’est à l’abri de ces ruines que je décide de passer la nuit.
Vista di Carlentini con l’Etna
Je suis assis maladroitement dans ce lourd camion et rigole avec Alessandro qui a eu très peur de m’aplatir. Du haut de son corps gigantesque et large, il impose sa présence comme un orage en été. D’ailleurs, son rire grave me rappel le tonnerre.
Derrière nous, une cargaison composée de caisses d’oranges de Lentini. Alessandro est livreur, camionneur, et travail fièrement à son propre profit. Depuis des générations, sa famille entretient une campagne sur les collines lentinoises : son grand- père a même participer aux fouilles archéologiques des années 1950, gardant pour lui quelques trouvailles antiques. Rien ne m’étonne, chaque famille sicilienne semblant conserver des morceaux de la Mania Grecia, la Grande Grèce, aux cotés d’une pierre volcanique de l’Etna, tout en cuisinant des plats d’inspiration arabo-normands et s’offrant l’exubérance d’une décoration baroque.
Le cocktail sicilien.
Il me propose de me déposer à Sortino, sa prochaine étape. Si je lui donne un coup de main, il me paiera volontiers. Aussi, si je le souhaite, je peux l’accompagner jusqu’à Palazzolo Acreide, Buscemi ou Scicli, prochaines étapes de sa distribution. Toutes des villes dont j’ignore la localisation, le propos et les attraits.
Alessandro est un homme curieux et qui s’informe sur mes origines et ce qu’il nomme le style de vie nordique. D’ailleurs, il démontre une grande ouverture d’esprit et m’explique fièrement qu’il a une tante à Toronto et une autre à New York. Les siciliens sont partout.
Nous empruntons un chemin tortueux, comme toutes les routes qui serpentent autour de Lentini. Bientôt, la ville n’est plus qu’un vague souvenir où flotte le parfum des agrumes. Partout ces sommets rocheux où poussent des parcelles de vie, des fleurs dans la pierre. Les campagnes et les fermes se distribuent largement aux pieds et sur le corps de ces parois massives. Ici et là, des maisons en ruine, abandonnées ainsi, parfois intactes comme si leurs occupants venaient à peine de disparaitre.
Traversant Lentini pour une dernière fois, je constate à quel point elle peut être un mélange explosif où les contraires se voisinent et se méprisent. Quelques constructions d’allure moderne au milieu d’une foret de pierres, en ruine. Ces pauvres dans la rue qui regardent passer les Mercedes, BMW et autres Maserati. Ce chien mort, qui se laisse bouffer par les insectes.
Et puis cette religieuse, en fond de cinéma art-déco. Ces arbres qui ont soiffent, ces fous qui lavent la rue Garibaldi à grand jets d’eau. Ces places publiques, clôturées, voir barricadées. Et puis moi, blanc comme neige sous un soleil en feu, le sac lourd sur le dos, le vent au visage. Les pensées ailleurs.
J’atteint rapidement la Piazza Umberto, où je lance poliment mes salutations à cette façade baroque malade et ceinturée de remparts métalliques. Je prend le temps d’arrêter au bar Navarria, le meilleur en ville dit-on, pour savourer un dernier caffè. Onpouvait déjà voir un bar à cet angle sur les cartes postales du 19e siècle, sur une rue à peu près identique, accommodant les mêmes clients aux visages longs, à la barbe élégante.
Cette foule me regarde boire lentement le meilleur café en ville, le grand sac noir posé à mes pieds. Je suis un peu triste; ces gens sont entourés de leurs frères et sœurs, amis, paroisses. Ils sont nourris par le peuple qu’ils nourrissent à leur tour. Ces un mécanisme complexe où chacun prend sa place, à défaut de quoi la machine ne fonctionne pas, et chacun accepte que la place en haut de la pyramide est limitée. Pourvu que le soleil rayonne, que la mer ronronne, que les matchs de foot raisonnent. Le café sera toujours aussi noir, les oranges sucrées. S’ils ont tout ca, c’est que Dieu veille sur eux. Et si rien ne change, c’est pour le mieux.
Tout bouger pour que rien ne change.
Je suis assis tranquillement sur ma terrasse, les yeux fixer sur ce paysage qui ne bouge pas. Aussi, rien ne se passe sous mes pieds, trente mètres plus bas. Le calme plat; il est 13h04, c’est normal, tout le monde fait la sieste. Sauf moi, qui n’arrive toujours pas à dormir. Il y à toujours ce vieux qui supporte un mur, cette femme qui fume. Ce chien, qui est mort et qui pu jusqu’ici.
Je termine ce gribouillage, petit croquis de ma pauvre personne, assis mollement dans la nudité de son appartement.
Je rentre quelques instants, décidé à faire un rapide ménage de mon studio : poussière sur mes quelques meubles, vaisselle qui s’entasse dans l’évier depuis quatre jours, balais, vadrouille, et puis toilette qui décidément est crasseuse. Je suis devenu dégueulasse. Par contre, je ne nettoie pas le bain, ca me fatigue.
Solitudine sulla piazza, Lentini
Le 1er mars m’arrive comme une brique qui tombe de ma propre tour de Babel.
Il y a un problème : si je veux obtenir ma carte d’accès, je dois présenter mon dossier criminel aux offices de sécurité, à Sigonella. Si je ne le présente pas, l’armée m’avise que je n’aurai strictement pas accès à la base militaire et puis, pas question d’y travailler, aucune exception étant envisageable. Salvo prétend qu’il n’était pas au courant de cette mesure, et bien sur personne n’a été capable de m’aviser lorsque j’étais encore à Montréal.
Stresser, je téléphone à Ottawa, à l’ambassade, à la SQ. Tous ont la même réponse : une fois à l’étranger, je dois m’adresser à la police canadienne fédérale.
Une fois jointe, une voix robotisée m’interpelle. Malheureusement pour moi, il y a un retard considérable dans la délivrance des dossiers criminels. Par ailleurs, cette requête particulière et individualisée doit suivre un processus aseptisé. Je dois faire parvenir mes empruntes digitales, dûment authentifiées par le service de police régional. Par la suite, ils traiteront ma demande et si tous se passe bien, je recevrai le document en Sicile d’ici six mois.
J’ai la tête qui tourne. La pluie recommence de plus belle, tandis que je suis assis, au pied de ma fenêtre, la tête encore posée sur ce téléphone portable, acheté à la hâte en arrivant ici à Lentini.
J’attrape par la manche mon imperméable et descend en quatrième vitesse ces paliers sans fin. Je me retrouve en pleine rue, seul comme un chien, et je marche d’un pas décider sans savoir où je vais. J’ai les jambes molles, mais le pas rapide.
Le pluie est forte, je sens couler l’eau sur mes joues, dans mon col, le long de mon dos.
J’ai la gorge qui devient sec. Le nez qui coule. La tête qui frissonne.
When I visited Rome in 2006, I stayed in an apartment next to Trastevere Station, a twenty-minute tram ride from the city’s historic centre. After a week in London, where everything is well-ordered, clearly marked and invested with a sense of purpose, Rome’s grimy atmosphere of barely-contained chaos greeted me with a shock. Thinking back, though, I appreciate the city’s idiosyncrasy, its relative lack of chain stories and — at least in the outer parts of Trastevere — its complete lack of pretension.
Porto di Ortigia, Siracusa
C’est jeudi après-midi et je rencontre Salvo dans un petit café, le Mokambo, et puis nous partons un peu avant l’aube pour parvenir dès que possible à la Questura de Siracusa, située sur une l’ile d’Ortigia, à une heure de route. Là-bas, nous pourrons obtenir mon permis de séjour longue durée et débuter ce travail à la base militaire de Sigonella.
La route serpente au long de la mer. À Chaque moment, la vue du volcan parmi les volcans, qui écrase toute la mer Adriatique de sa masse lourde et large. Une mer azur promise par Salvo à mon arrivée. Et puis nous traversons un large port militaire, Augusta. Enfin, Siracusa arrive à vue après la traversée des montagnes orientales siciliennes, les Monti Iblei, occupées et habitées depuis la préhistoire, qui m’envoutent par leurs rondeurs et leurs ingratitudes. Je me promet secrètement de revenir m’y retrouver avant la fin de ce séjour.
Siracusa, ville antique reconnue dans l’histoire comme un des berceaux de la civilisation occidentale, forte de son million d’habitants il y à 2500 ans, puis mère d’Archimède à l’époque romaine, est désormais un centre administratif régional tumultueux.
Après avoir traversé la tristement moderne partie “continentale” de la cité, Salvo m’explique qu’elle fût détruite presque entièrement à la seconde guerre mondiale lors du débarquement des alliés, ensuite reconstruite à la hâte et sous l’emprise de la corruption.
Une étrange église ultra-moderne, typiquement bétonnée, pointe une étrange flèche dans le ciel de Sicile. C’est dans cette tourelle de béton que se trouve la vierge pleureuse miraculée et reconnue par le Vatican.
La Sicile et ses croyances.
Un percorso in campagna, Sicilia
Après trois jours de pluie, le soleil arrive enfin, d’abord par petites apparitions discrètes et puis les nuages vont se déposer doucement sur l’horizon, laissant la place à une lumière ambre d’aplomb.
Ce matin là, nous partons rencontrer mon futur employeur sur la base militaire américaine de Sigonella, à quelques kilomètres d’ici, dans la campagne qui sépare Lentini et Catania.
Pris par la nostalgie de mes souvenirs, je porte attention sur ce paysage généreux qui s’offre à moi : plaines verdoyantes, champs d’oranges, collines escarpées et puis l’Etna, ce titanesque volcan, qui, profitant d’une percée de soleil remarquable, s’offre enfin à mes yeux.
C’est la première fois que je sors de Lentini. Ce sont les premières parcelles de la Sicile que je découvre, et je me promet secrètement de ne pas rester enfermer trop longtemps dans ce bourg, hypnotisé comme je le suis par la beauté intemporelle de cette nature.
La voiture glisse doucement, de temps en temps secouée par un trou béant. Nous empruntons un chemin, puis un autre, tournons sur une route paysanne et puis parcourons une allée en terre battue. Ces chemins sont si étroits qu’à peine nous y circulerions à deux. Et pourtant ! D’immenses camions nous croisent par surprise, parfois transportant des oranges par centaines de caisses.
Par moment, le trajet est ponctué par la présence d’une prostitué, tel que je l’avais déjà remarqué au voyage précédent plus près de Catania, accotée invariablement sur un arbre ou assise sur une chaise de fortune. La plupart sont des africaines, et il me semble qu’elles ont encore les cheveux mouillés pour avoir traversé la mer sur une planche.
Je me retrouve à nouveau coincé dans un avion sordide d’une quelquonce compagnie italienne destinée aux voyageurs pauvres.
Rien à redire sur Meridiana Airline, sauf que je constate que la porte du pilote n’est pas fermée, que la communication interne demeure inexistante, que le personnel semble légèrement affolé et que je pourrais aisément jouer au terroriste. Peut être aussi que je suis paranoïaque.
J’ai des sueurs froides et des vertiges. Malheureusement, je n’ai rien à boire ni à manger. Je ne veux pas allonger l’argent qui pourrait combler mon angoisse. C’est ce qui arrive lorsque l’on voyage pauvrement.
A titre de divertissement, je feuillette sans grande attention les maigres revues où pullule la publicité de mauvais gout destinée aux touristes sans personnalité.
Je parcours la notice de sécurité, ne comprend rien aux ridicules schémas présentés. Je tousse, discrètement, trop paresseux pour aller jusqu’à la seule toilette de l’avion.
Pas de film, pas de musique. L’anxiété m’envahit.
Au bout de deux heures à suer froidement, lors du bref trajet Roma-Catania, je commence à percevoir des petites lumières qui semblent embrasser la cote et éventuellement, s’agglutiner contre les parois de ce que je devine être une montagne large et éternellement longue. Puis les lumières se multiplient et ce que j’ai cru pour Catania était en fait Messina, puisque vient ensuite la grande région catanaise et sa couronne égrainée en altitude.
Vers 23h00, accueillit par une pluie forte et droite, je retrouve l’aéroport moderne, qui m’a surpris lors d’un trop bref passage à Catania, il y à deux années déjà. À la sortie, je rencontre Salvo d’Antoni, cet homme grand et gros qui doit me ramasser et qui me promet un travail. Il porte un carton affichant mon nom. C’est doucement cliché, je me sens important. aussi, il est venu avec une de ses filles, maigre comme un bambou, le nez en relief. Elle a ce petit quelque chose d’exotique, d’arabe, d’excitant.
Madrid, 2010
La pauvreté et l’exclusion, lorsqu’elles habitent le silence, deviennent une menace pour l’humanité.
Pourtant, il y quelque chose comme une larme que le capitalisme n’a pas su comprendre.
La cité que nous habitons, refuge de nos émotions, parle tout bas de nos espérances.
Et j’ose espérer que demain, des gens plus sages nous dirigerons.