August 18th, 2010

DCORBEIL | Flou, (Montréal 2010)
Métro Mont-Royal, une fin d’après-midi de la mi-août. L’été est sur sa lancée finale : température clémente, soirée légère à la brise appaisante. Mont-Royal-Berri-Langelier : j’embarque dans le ventre de fer pour un tour de ville paresseux. À l’autre boût de Montréal, mon frère et sa femme m’attendent, impatients et heureux.
Un moment calme, entre les pièces musicales, alors que le train me baladent, pataud et bougonneux.
Langelier : je débarque en vitesse du métro, faisant un large pas au sortir du serpent. Je sens sa mécanique chaude, lourde : les muscles de la bête, fatigués, par quarante années d’aller-retour incessants au travers de Montréal. Une seconde passe alors que je ferme les yeux. Un odeur. Une sensation : le premier pas dans mon passé. Les familiarités se font percevoir dans un mouvement léger et discret, alors que j’arrive difficilement à pressentir ces éléments qui marquent le temps et créent une distorsion dans mes émotions.
Je grimpe à pieds larges les marches bétonnées de la station. Elle n’a rien de différent, il me semble, par rapport à ce quelle était il y a vingt ans de ça. Pourtant, quelques choses est légèrement altéré: un peu plus sale, un peu plus inquiétante. Ce bitume qui s’effrite, ridé et perceptible, le long de ces plafonds gris et uniformes.
Une vieille dame de l’Est de Montréal.
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July 29th, 2010
C’est l’été et les responsables de bike sharing ne lésinent pas sur les arguments de choc pour encourager l’usage du vélo !

“Avec moi, tu consommes au minimum 300 calories par heure.” / “With me, you burn at least 300 calories an hour.”
July 9th, 2010

DCorbeil | Ce pays de fous , Montréal 2010
J’ai décidé de quitter le Canada parce que la banlieue m’énervait. Aussi – et surtout ! – pour me sauver de moi-même. Ou plutôt, pour échapper à mon quotidien. Bien entendu, il y avait cette routine – quoique agréable dans mon cas – qui envahissait de plus en plus ma vie. Mais avant-tout, j’ai plutôt cherché à fuir mes peurs. Mourir, souffrir, pleurer. Regretter. Des préoccupations qui devenaient obsessives et omniprésentes dans ma vie, prenant davantage de place que les moments de quiétude.
C’est la peur de l’échec – quelle honte ! – qui était la plus destructrice : elle controlait de plus en plus mes réflexions et orientait mes gestes et décisions. Il devenait difficile de vivre normalement, ayant à exécuter toutes ces petites attentions pour ne pas devenir faible, malade, cancéreux. Fou ! Une gangrène au cerveau.
Aussi, je décidai, un après-midi pathétique et pluvieux, de me préparer au grand départ. Les yeux fermés, la volonté dans les jambes et l’acception qu’il n’y aille possiblement aucun lendemain à chaque matin. Au moins, j’aurai pris une vrai décision – aussi idiote soit-elle ! – avant la fameuse fin de ma vie terrestre.
Nostalgique, je regarde ces coins de rues comme on offre une dernière tendresse à sa mère, le jour de sa mort. Les arbres, aux feuilles enflammées, virevoltent dans les rues calmes et proprettes d’Outremont : Montréal, Amérique du Nord. Je repense à l’essentiel : documents de voyages, permissions, visas. Lettres adéquates de l’ambassadeur d’Italie, ma première destination. Je songe également aux derniers mots échangés avec mes amis, lors de ce diner de départ, organisé à la hâte, à l’image de tout ce qui m’attend. Le fromage était doux, le pain chaud. Le chocolat fondant. Le vin blanc sucré et suprenant. Les larmes authentiques. Les miennes du moins…
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May 27th, 2010

DCorbei | Le marché du Nord, Montréal (2009)
Dès le petit matin, on traine et on blasphème : Marché Jean-Talon, le sourire éveillé par un soleil ardent. C’est déjà l’été : les fruits sont brûlants, alors que le minuscule café des Quatres Vents s’éveille d’une complaisance matinale.
Le vélo sous le bras, je défile sous les arcades. Le saumon parfume les allées rectilignes de ses exhalaisons chantoyantes. Les oranges déversent, d’un flot sans interruption, une effluve de la passionnante Méditerranée. Sicile de février: souvenir d’orangers et d’amandiers en fleurs.
Quatre coups du lourd mécanisme de ma bécane : allée des déchets, d’où les relents d’urine me perturbent, souvenir d’une nuit peuplée de quelques matous de ruelles récemment engraissés de nos immondices encore comestibles.
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May 6th, 2010

DCorbeil | Noodles in West Downtown, Montreal (2010)
J’avance, j’arrive à ce qui semble être les confins de ce quartier.
Un dimanche soir pluvieux. Mi-printemps boueux, 23h42.
L’odeur est très désagréable, ça me prend au nez. Pas étonnant, un îlot complet à récemment été calciné. Quel gâchis ! De grands bâtiments aux arcades encore sensibles, qui tombe en ruine, qui semble prêt à tomber. Dans la rue, je suis désormais presque seul.
À l’intersection, une ample place. Métro Atwater : un immense forum, un cinéma gargantuesque et puéril.
Elle m’étonne : malgré que je sois si prêt du centre-ville, à un jet de pierre de la tourelle de la bourse, cet espace est vide. Vide. Et vide de sens.
Dans un angle de la ville qui semble vide de tout sens d’urbanité. Je suis déstabilisé.
Je retourne sur mes pas, je n’aime pas les limites. Sans pour autant éprouver le moindre désir à me voir traverser cet îlot à nouveau, incinéré, laissé pour compte, et où l’odeur de la poussière est si forte qu’elle me prend à la gorge. M’étouffe ! L’indigeste sentiment est d’autant plus fort lorsque je balaye ces vitrines, brisées, d’où émanent, d’un coup de bourrasque, ces souvenirs d’une nuit enflammée.
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April 14th, 2010

DCorbeil | Lèpre et idoles, Montréal 2010
16h45. L’aiguille marque la minute d’un tac dramatique. Sonorité agaçante et répétitive. Je suis assis à la terrasse du Club Social, Mile End, tantôt le nez plongé dans ce bouquin d’importation, déniché à prix fort dans cette librairie opulente de l’Avenue du Parc. Tantôt le regard scrutateur, balayant la masse vivante qui se tortille autour de moi.
Un poilu gratte sa guitare, la barbe qui lui dessine une tête de chèvre.
C’est le titre du livre qui m’a attiré et sitôt convaincu de lui faire voir le soleil : Le gout du voyage. Quatre mots qui raisonnent et déraisonnent dans ma lourde cavité cervicale. D’ailleurs, dès le moment que j’eusse trouvé une chaise libre, j’y plongea tête première. Une, deux, dix pages. Un chapitre.
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April 1st, 2010

DCorbeil | Hier ist Berlin, Montréal 2010
“So..So..So.. Solidarité”
Centre des affaires de Montréal, ce jeudi de brume sèche. Agitation dans la populace : les grognons, les ronchons et autres cabotins s’en donnent à coeur joie, criant et maugréant à qui veut bien l’entendre que le Québec est à sa fin. Une bande de matamores, ravie d’avoir une cause à défendre : le droit à la richesse, menacé par les hausses de taxes.
Une conviction défendue avec ardeur, peu importe si cette aisance soit prise en dépit de la pauvreté flagrante des trois quarts de l’humanité. C’est désagréable d’y songer, mais mon confort douillet de néo-canadien dépend du sacrifice que les pauvres font de leurs propres vies, dans ces pays aux sonorités amusantes. Combien de Burkinabés, de Guatémaltèques ou d’Azerbaïdjanais devront connaître une mort prématurée pour que je puisse posséder ma tanière, manger du saumon fumé et rouler en VTT climatisé.
C’est que le dernier budget provincial, dont le propos stérile et superficiel ne m’atteint aucunement, fait “mal” à la classe moyenne. Exit la McMansion aux tourelles rigolotes néo-machinchouette. Exit la deuxième bagnole et pas de télévision tridimensionnelle pour 2010. L’horreur, finalement.
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March 25th, 2010
DCorbeil | Arcadia in the city, Montreal 2010
Ce mois de mars. Incroyable par sa fraicheur, déroutant par sa chaleur inopinée. Frébilité perceptible. Émotions intenses.
Je parcours le campus de l’Université McGill, en plein coeur du centre des affaires de Montréal, à la recherche d’une place apaisante où lire ce journal pris à la course aux portes du métro. J’adore ces petits endroits, le jardin généreux, où il est possible de se promener sans empressement, avec pour seul objectif la détente et l’évasion.
McGill est un Éden, downtown Montreal, comprimé entre les tours cristallines des avenues et les broussailles en pente du Mont-Royal. Architecture variée. Élégance victorienne. Châtelets aux tourelles inusitées. La visite de l’université me donne toujours un petit frisson nostalgique, le regard en balade sur cette grisaille burinée d’abondantes formes fantaisistes.
Jeunes en rut. Ethnies au garde-à-vous. Le printemps s’annonce précoce, les regards sont alertes. Je me retire de la foule compacte et repère une place mi-ombre, d’où il est facilement possible de jouir de la scène agitée tout en respectant mon rôle de spectateur.
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March 18th, 2010

Froideur intellectuelle
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March 18th, 2010



DCorbeil | Passage, Montréal 2010
Guy-Concordia Station : 18h37. Il y à cette foule touffue, opaque, qui me traverse sans même me voir. Je suis là, pourtant, à multiplier les clichés de cette cohue fébrile et qui s’agglutine, comme le mercure qui se déverse sur le sol. Une tâche métallique, au reflet d’un soleil au bord du crépuscule.
Concordia University, un nom qui résonne et qui rebondit, de sa longueur et de son élan, le long des parois académiques de ces pavillons de verre éclaté. Mille milliers de ces étudiants qui piétinent et qui vocifèrent dans tous les sens. Étourdissement, asphyxie. Un tourbillon humanoïde.
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February 26th, 2010

DCORBEIL | Rose sur Azur

DCORBEIL | Bloody morning
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February 3rd, 2010

DCorbeil | Croisement sur Park Avenue, 2009
C’est mon premier hiver. Si j’y survis, je fêterai ma première année passée à Montréal.
22h30. Bus 80, direction Nord. Il est là, je l’attend. Place des Arts. Froid intense : trente-cinq degrés sous zéro, avec un vent qui fouette à faire tomber les larmes.
L’engin reste sur place, adossé à cette promenade des festivals dont je ne comprends ni le sens, ni la dimension. Ses lampadaires galactiques imposent leurs courbatures lourdes sur la ville, éclairant railleusement un tas de neige géant. Un no man’s land. C’est bien. Et puis le MACM, chapeauté par un cube imposant et sombre, qui tiraille les lumières rouges dans un mouvement apaisant.
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January 29th, 2010

DCORBEIL | Una candela nella notte, 2008
Matin de soleil discret et de fraicheur prenante. J’ouvre le double battant de cette vieille fenêtre. J’y prend, le temps d’un instant suspendu, une large bouffée d’air. Au loin, des bruits sourds. Cris stridents. Voitures agressives. Cinq heures le matin : la ville se réveille déjà. Aurore violet. Je regarde la rosée qui suinte le long des vieilles pierres de ce palazzo.
Enivrement baroque.
Après une arrivée tardive, j’avais installé temporairement ma vie dans un gîte trouvé à la hâte sur internet. B&B Da Lucia. Un espace central, à partir duquel je pourrais poursuivre ma découverte de Catania.
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January 23rd, 2010

DCORBEIL | Plaisir incandescent, 2009
« Fin d’après-midi de juillet. Soleil qui glisse lentement vers le nord-ouest – typiquement montréalais – que je regarde par la large porte qui s’ouvre sur la terrasse.
J’y trouve une amie, française de passage à Montréal, brûlant cigarettes sur cigarettes en étirant de longues conversations oisives à son amoureux sis en mère patrie.
J’étire le cou d’un centimètre supplémentaire : le ciel est mou. Vaste toile orangée qui découpe les clochers du Mile End.
Je retourne à la cuisine.
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