February 8th, 2011

La violencia del silencio

Posted in Art and Design, Europe, Society and Culture by Daniel Corbeil

Madrid, 2010

La pauvreté et l’exclusion, lorsqu’elles habitent le silence, deviennent une menace pour l’humanité.

Pourtant, il y quelque chose comme une larme que le capitalisme n’a pas su comprendre.

La cité que nous habitons, refuge de nos émotions, parle tout bas de nos espérances.

Et j’ose espérer que demain, des gens plus sages nous dirigerons.

January 26th, 2011

La rue Charlotte, à l’ombre de la Main

Posted in Canada, History, Society and Culture by Daniel Corbeil

Rongeurs attendant la fin: rue Charlotte, Montréal

Alors que j’arpente les rues étroites et organiques de la cité coloniale, au sud du quartier latin, je me surprend à escalader lentement la douce pente de la basse-ville jusqu’au tragique Boulevard René-Lévesque – horrible et bruyant – que je trouve en pleine transformation. Tout près, des dizaines de tours d’habitation, modernes. Au loin, ces hautes barres vitrées où s’empilent les bureaux, s’effaçant par ce mélange étrange de lumière jaunâtre et de fumée mécanique : le centre des affaires, que je devine, avec son mouvement et sa confusion.

Je décide d’accélérer le pas et de me retrouver dans un dédale de petites rues rectilignes, agglutinées comme elles le sont, entre les principales artères qui dessinent la carte de Montréal : Saint-Catherine, Sherbrooke, Maisonneuve et René-Lévesque. Puis coincées étrangement entre la cohue estudiantine du Quartier Latin et l’ex Red-Light District que forme la Main – le boulevard Saint-Laurent – et ses théâtres et autres cabarets plus ou moins douteux.

Je sais que bientôt nous ferons table rase de cette zone – comme déjà nous l’avons fait dans les années ’60 en construisant à peine à deux pas l’immense complexe des habitations Jeanne-Mance – pour en faire un lien moderne, propret et sécuritaire et reliant enfin ce nouveau grand ensemble urbain que doit devenir le Quartier des Spectacles.

J’emprunte l’étroite et unique rue Charlotte, microcosme de cette mutation.

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January 20th, 2011

Notre-Dame and Griffintown: 1930-2010

Posted in Architecture, Canada, History by Daniel Corbeil

Notre Dame St West, circa 1930-2010

What happened here ? This used to be the north end of Griffintown, right next to the business center of Montreal.

À Montréal, au cours des années 1950 et 1960, notamment suite au rapport Dozois, on identifie des dizaines de quartiers qualifiés d’insalubres, vus comme irrécupérables, et où les taudis menacent la santé publique. Puis ont les rase, un par un, pour faire place à des projets d’ensemble, comme les Habitations Jeanne-Mance ou encore la tour de Radio-Canada, dans l’Est.

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November 14th, 2010

Morning Coffee: Caffe della via, Montreal

Posted in Canada, Interior Space, Society and Culture by Daniel Corbeil

“Caffe latte, please !”, Caffe Della Via, Villeray, Montreal

Un matin à l’aurore, j’étire mes jambes jusqu’au bus 80 Nord, en direction de la bonne vieille gare Jean-Talon, frontière industrielle – le Mile-Ex comme certains le surnomment désormais – où se termine allègrement la longue Avenue du Parc. Nous sommes en novembre et déjà, les feuilles trainent au long des rues, amassées en amas aux pieds de ces arbres dès lors nus et ballotés par un vent frais.

Intensité glaciale.

La lumière timide du soleil traverse par l’oblique cette brume si commune à l’approche de l’hivers. J’ai un frisson qui me parcourt le corps, des pieds à la tête et qui se finit par me faire tressaillir maladroitement au débarcadère de la station.

Des métros Parc à Castelneau, deux courtes minutes qui me propulsent à la frontière Nord de la Petite Italie, et puis je poursuis mon chemin vers l’Est. La rue Castelneau forme un bel ensemble de plex en briques rouges ou brunes, avec au rez-de-chaussée quelques commerces agréables – affichant parfois des noms aux sonorités maghrébines – et à l’offre hétéroclite. Quelques pas de plus, et puis une imposante église, au coeur de ce qui semble être un de ces milliers de petits villages-quartiers qui forment un Montréal cohérent et diversifié.

Face au balourd monument néoclassique, ce café.

Étroite vitrine à l’angle de la rue Henri-Julien, lumières tamisées en ce levé de soleil. Promesse d’intimité.

L’enseigne réclame le Caffe della Via. Trois mots qui parlent des évidences: ce lieu est définitivement le café du quartier.

8h37: une foule se bagarre au comptoir, afin de réclamer un de ces déjà si bien réputés espresso.

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November 5th, 2010

Barcelona: tapas et soleil?

Posted in Europe, Film, Society and Culture by Daniel Corbeil

Poble Sec, Barcelona

Je viens de quitter Madrid, après un passage à Barcelona au préalable, question de me faire une opinion sur ces villes. Et quel regard : pas celui du citadin qui connait trop bien – et donc déforme – sa vision urbaine d’une cité. Plutôt celui du voyageur, curieux et anthropologue, qui n’a que le passage et l’insouciance pour se faire une idée – un cliché au sens photographique – et dessiner une esquisse de la ville.

Déjà lorsqu’on débarque à Barcelona, au coeur de Poble Sec, à un jet de pierre du vieux Barrio ChinoEl Raval – et du port industriel, poussiéreux, de l’antique cité maritime, l’on élimine tout les stéréotypes qu’on rêvait à l’écoute de l’Auberge Espagnol (Klapisch : 2002) et autres Vicky Christina Barcelona (Allen : 2008). Exit la musique, l’innocence et les courtisans, guitare à la main. Exit la ville balnéaire à l’insouciance légendaire. Nous sommes davantage dans le monde noire et migratoire de Biutiful (Iñárritu : 2010).

Barcelona, au sens du rêve, n’existe pas dans le réel, et prend forcément son ancrage dans le désir et la volonté pour la culture catalane de s’exprimer en terme de mondialisation et d’internationalisation.

Barcelona, ville encore plus désirable, de par sa substance réelle, pauvre et industrielle, riche et balnéaire dans une certaine mesure, et certainement une terre d’accueil pour les chercheurs d’asile et de refuge.

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November 3rd, 2010

Il Caffè della solitudine: Montreal, Mile End

Posted in Canada, Fiction, Society and Culture by Daniel Corbeil

Parmi vous, Mile End, Montreal

Un matin de novembre, je suis seul, et pourtant je suis ici, assis, sur la bordure de la fenêtre de ce caffè.

À entendre la rumeur matinale du quartier qui s’éveille, de ces conversations croisées qui m’entourent, qui me surplombent, qui dominent la tendresse de ma tranquillité.

À épier ces passants gelés et transis, qui traversent cette rue d’Est en Ouest, alors que ces voitures filent à toute allure, se dirigeant vers un travail obligé.

Car aujourd’hui je n’avais rien à faire, et que je n’avais pas le désir d’être seul, chez moi, par un matin si froid mais si ensoleillée. Un milieu d’automne coloré, aux arbres resplendissants, caressés par ce jaune soleil, surprenant et lumineux, en ce matin de novembre glacé.

Je traîne avec moi ces livres qui m’isolent des gens qui sont autour de moi. Je suis bien seul, et pourtant, j’ai l’impression d’être en famille. Et cette famille, qui me couvre, composée de visages inconnus, ou parfois aperçus en vitesse, au détour d’une rue, ou d’une allée.

Dans la vie des intellectuelles, le Café joue un rôle en permettant de se sentir en société. Et pourtant, la plupart des gens comme moi, amoureux de la solitude, ne peuvent évoluer en fraternité.

On s’entoure d’inconnus, pour se donner l’impression d’être écouté, complété. Et on réfléchie à nous même, se détendant au goût et à l’arôme d’un café.

Je ferme les yeux.

J’abandonne mon sourire aux caresses du soleil. Un instant d’éternité.

October 15th, 2010

Morning Coffee: Cappuccino with Salami

Posted in Europe, Food by Daniel Corbeil

Bier und kaffee, Jena

Le matin se lève doucement à Jena, dans une brume lourde, qui flotte au travers de la petite cité universitaire. Dans les rues, le bruit de mes pas donne le rythme, alors que le calme respire aux alentours.

J’habite, l’instant d’une nuité, dans le Quartier des Dames – Damenviertel – où les hautes demeures de la fin du 19e siècle sont, malgré leurs étages, dominées par les collines environnantes, aussi colorées que celles de l’Amérique du Nord. Ces maisons aux couleurs contrastantes – du bleu à l’orangé, jusqu’au jaune, en passant par le vert – sont aglutinées dans un petit quadrilatère, entre le centre-ville et la campagne. De grands appartements, par moment partagés entre cinq ou six locataires étudiants – souvent propriété d’un riche enseignant de la prestigieuse université centenaire de Jena.

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October 6th, 2010

The Industrial City Deconstructed

Posted in Film, Society and Culture, United States, Video by Daniel Corbeil

Détroit: Ville Sauvage (Detroit Wild City), film de Florent Tillon (2010), présente de façon particulièrement poétique et imagée la réversibilité du processus d’urbanisation. Dans le cas très précis de Détroit, il s’agît d’un phénomène directement lié à la baisse de production dans l’industrie automobile américaine et des pertes d’emplois qui sont une conséquence directe des déboires dans cette industrie.

Les quartiers anciens de la ville – ainsi que certaines banlieues – sont laissés à l’abandon, vidés de leurs habitants. Plusieurs tours anciennes du centre-ville sont en attente d’un preneur et d’une nouvelle occupation. D’autres sont simplement détruites… Une attention particulière à été porté aux sonorités ambiantes, ce qui plonge le spectateur dans un environnement sonore particulièrement persistant, qui marque.

Quel est le destin des mégapoles en perte de vitesse? Quel est l’avenir du mode d’urbanisation nord-américain? Peut-on sauver ces témoins de notre passé industriel, lorsque les ressources financières se font rares? Quelle est la valeur – et le sens – de notre banlieue, si la ville centrale disparait?

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August 18th, 2010

Memories of Mercier: Montreal’s East End

Posted in Canada, Fiction, Society and Culture by Daniel Corbeil

DCORBEIL | Flou, (Montréal 2010)

Métro Mont-Royal, une fin d’après-midi de la mi-août. L’été est sur sa lancée finale : température clémente, soirée légère à la brise appaisante. Mont-Royal-Berri-Langelier : j’embarque dans le ventre de fer pour un tour de ville paresseux. À l’autre boût de Montréal, mon frère et sa femme m’attendent, impatients et heureux.

Un moment calme, entre les pièces musicales, alors que le train me baladent, pataud et bougonneux.

Langelier : je débarque en vitesse du métro, faisant un large pas au sortir du serpent. Je sens sa mécanique chaude, lourde : les muscles de la bête, fatigués, par quarante années d’aller-retour incessants au travers de Montréal. Une seconde passe alors que je ferme les yeux. Un odeur. Une sensation : le premier pas dans mon passé. Les familiarités se font percevoir dans un mouvement léger et discret, alors que j’arrive difficilement à pressentir ces éléments qui marquent le temps et créent une distorsion dans mes émotions.

Je grimpe à pieds larges les marches bétonnées de la station. Elle n’a rien de différent, il me semble, par rapport à ce quelle était il y a vingt ans de ça. Pourtant, quelques choses est légèrement altéré: un peu plus sale, un peu plus inquiétante. Ce bitume qui s’effrite, ridé et perceptible, le long de ces plafonds gris et uniformes.

Une vieille dame de l’Est de Montréal.

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July 29th, 2010

Promoting Cycling in Germany

Posted in Europe, Transportation by Clotilde Minster

C’est l’été et les responsables de bike sharing ne lésinent pas sur les arguments de choc pour encourager l’usage du vélo !

“Avec moi, tu consommes au minimum 300 calories par heure.” / “With me, you burn at least 300 calories an hour.”

July 9th, 2010

L’espoir, le regret, la mémoire : chronique d’un départ

Posted in Canada, Fiction by Daniel Corbeil

DCorbeil | Ce pays de fous , Montréal 2010

J’ai décidé de quitter le Canada parce que la banlieue m’énervait. Aussi – et surtout ! – pour me sauver de moi-même. Ou plutôt, pour échapper à mon quotidien. Bien entendu, il y avait cette routine – quoique agréable dans mon cas – qui envahissait de plus en plus ma vie. Mais avant-tout, j’ai plutôt cherché à fuir mes peurs. Mourir, souffrir, pleurer. Regretter. Des préoccupations qui devenaient obsessives et omniprésentes dans ma vie, prenant davantage de place que les moments de quiétude.

C’est la peur de l’échec – quelle honte ! – qui était la plus destructrice : elle controlait de plus en plus mes réflexions et orientait mes gestes et décisions. Il devenait difficile de vivre normalement, ayant à exécuter toutes ces petites attentions pour ne pas devenir faible, malade, cancéreux. Fou ! Une gangrène au cerveau.

Aussi, je décidai, un après-midi pathétique et pluvieux, de me préparer au grand départ. Les yeux fermés, la volonté dans les jambes et l’acception qu’il n’y aille possiblement aucun lendemain à chaque matin. Au moins, j’aurai pris une vrai décision – aussi idiote soit-elle ! – avant la fameuse fin de ma vie terrestre.

Nostalgique, je regarde ces coins de rues comme on offre une dernière tendresse à sa mère, le jour de sa mort. Les arbres, aux feuilles enflammées, virevoltent dans les rues calmes et proprettes d’Outremont : Montréal, Amérique du Nord. Je repense à l’essentiel : documents de voyages, permissions, visas. Lettres adéquates de l’ambassadeur d’Italie, ma première destination. Je songe également aux derniers mots échangés avec mes amis, lors de ce diner de départ, organisé à la hâte, à l’image de tout ce qui m’attend. Le fromage était doux, le pain chaud. Le chocolat fondant. Le vin blanc sucré et suprenant. Les larmes authentiques. Les miennes du moins…

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May 27th, 2010

Oranges, Fish and Fat Cats at Jean-Talon Market

Posted in Canada, Fiction, Public Space by Daniel Corbeil

DCorbei | Le marché du Nord, Montréal (2009)

Dès le petit matin, on traine et on blasphème : Marché Jean-Talon, le sourire éveillé par un soleil ardent. C’est déjà l’été : les fruits sont brûlants, alors que le minuscule café des Quatres Vents s’éveille d’une complaisance matinale.

Le vélo sous le bras, je défile sous les arcades. Le saumon parfume les allées rectilignes de ses exhalaisons chantoyantes. Les oranges déversent, d’un flot sans interruption, une effluve de la passionnante Méditerranée. Sicile de février: souvenir d’orangers et d’amandiers en fleurs.

Quatre coups du lourd mécanisme de ma bécane : allée des déchets, d’où les relents d’urine me perturbent, souvenir d’une nuit peuplée de quelques matous de ruelles récemment engraissés de nos immondices encore comestibles.

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May 6th, 2010

Noodles and a Sex Shop

Posted in Canada, Demographics, Fiction, Society and Culture by Daniel Corbeil

DCorbeil | Noodles in West Downtown, Montreal (2010)

J’avance, j’arrive à ce qui semble être les confins de ce quartier.

Un dimanche soir pluvieux. Mi-printemps boueux, 23h42.

L’odeur est très désagréable, ça me prend au nez. Pas étonnant, un îlot complet à récemment été calciné. Quel gâchis ! De grands bâtiments aux arcades encore sensibles, qui tombe en ruine, qui semble prêt à tomber. Dans la rue, je suis désormais presque seul.

À l’intersection, une ample place. Métro Atwater : un immense forum, un cinéma gargantuesque et puéril.

Elle m’étonne : malgré que je sois si prêt du centre-ville, à un jet de pierre de la tourelle de la bourse, cet espace est vide. Vide. Et vide de sens.

Dans un angle de la ville qui semble vide de tout sens d’urbanité. Je suis déstabilisé.

Je retourne sur mes pas, je n’aime pas les limites.  Sans pour autant éprouver le moindre désir à me voir traverser cet îlot à nouveau, incinéré, laissé pour compte, et où l’odeur de la poussière est si forte qu’elle me prend à la gorge. M’étouffe ! L’indigeste sentiment est d’autant plus fort lorsque je balaye ces vitrines, brisées, d’où émanent, d’un coup de bourrasque, ces souvenirs d’une nuit enflammée.

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April 14th, 2010

Lepers, Gods & Immortality: L’India di Manganelli

Posted in Books, Fiction, Society and Culture by Daniel Corbeil

DCorbeil | Lèpre et idoles, Montréal 2010

16h45. L’aiguille marque la minute d’un tac dramatique. Sonorité agaçante et répétitive. Je suis assis à la terrasse du Club Social, Mile End, tantôt le nez plongé dans ce bouquin d’importation, déniché à prix fort dans cette librairie opulente de l’Avenue du Parc. Tantôt le regard scrutateur, balayant la masse vivante qui se tortille autour de moi.

Un poilu gratte sa guitare, la barbe qui lui dessine une tête de chèvre.

C’est le titre du livre qui m’a attiré et sitôt convaincu de lui faire voir le soleil : Le gout du voyage. Quatre mots qui raisonnent et déraisonnent dans ma lourde cavité cervicale. D’ailleurs, dès le moment que j’eusse trouvé une chaise libre, j’y plongea tête première. Une, deux, dix pages. Un chapitre.

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