October 8th, 2011

Four years ago, on my way home in the aftermath of a tremendous December blizzard, I found myself wandering through Snowdon, a neighbourhood in Montreal’s west end. Trudging past waist-high snowbanks, I noticed stairs leading up to some kind of apartment courtyard. Curious, I ventured in and found an odd collection of shops: a tailor, a Chinese hair salon, a Korean driving school.
Snowdon is a bit of an odd area, amorphous both in form and character, caught between different places without having much sense of place of its own. The main commercial strip on Queen Mary Road is a jumble of Jamaican hairdressers and kosher restaurants, Filipino churches and Chinese groceries. The long, straight sidestreets, unkempt like a grandfather who forgot to comb his hair, are lined by hydro poles, humble duplexes and brick apartment buildings. St. Joseph’s Oratory stares watchfully at the neighbourhood from the east.
One of the reasons for this sense of confusion is the Décarie Expressway, which bullied its way through the heart of Snowdon in the late 1960s, cutting it in half and replacing a lively streetcar terminus with a sunken six-lane autoroute. Though many of the neighbourhood’s icons survived — the Snowdon Theatre, the Snowdon Deli, the sign atop the old Reitmans department store — and were even joined by a metro station in 1985, Snowdon became one of those places that you pass through on your way to somewhere else; just another exit on the highway.
Still, Snowdon’s sense of place never vanished, it just became more obscure. After I came across the strange apartment building courtyard, I posted some photos on Spacing Montreal and urged Snowdon residents to share their experiences of the neighbourhood. The response was underwhelming; just two replies. Then something unexpected happened. Over the next four years, more than 30 people weighed in with their own detailed memories of Snowdon through the years. The most recent response was posted just a few days ago. The comment thread has become, in the words of Spacing’s Alanah Heffez, “a lively reunion among people whose experiences have overlapped in space if not necessarily in time.”
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April 10th, 2011

Vie di Ortigia, Siracusa
Après mon passage à San Giovanni alle Catacombe, j’explore la zone, repère quelques commerces où je peux faire mes courses. Et puis je m’arrête dans un bar, histoire d’apprécier un caffè en ce milieu d’après-midi chargé par la chaleur. Il n’est pas difficile de trouver une bonne place, un bistro pointant à chaque vingt mètres. Avec la densité des tours, des milliers de gens doivent bien vivre ici, à Neapolis.
D’ailleurs, alors que je m’apprête à reprendre la route, le brouhaha des voitures, des passants et des criards se fait sentir avec intensité. C’est vrai que la pause du déjeuner vient de terminer et que chacun se retrouve dans son va-et-vient routinier et nonchalant. Sauf moi, qui n’a certainement pas le plaisir d’obéir à une routine, de respecter un horaire. D’avoir ne serait-ce qu’une raison pour me mouvoir.
Je décide malgré tout de descendre enfin vers la vieille ville. Tout d’abords, je me trouve à traverser ces quartiers toujours aussi denses, mais dont les maisons s’écrasent de plus en plus, parfois n’ayant qu’un seul étage. À l’occasion, elles ressemblent presque à des entrepôts, tant leurs façades sont minimalistes, si ce n’était d’une frise élégante ou d’une porte légèrement ouvragée. Un baroque pour les pauvres, j’imagine.
Et puis soudainement la ville reprend sa forme monumentale, à Umbertina, et on devine une époque où ces rues étaient plus chics, plus roses. Comme une longue prose, dont la beauté éternelle est assourdie par le passage du temps. Et puis, ces couleurs, lavées par il me semble par une pluie forte et longue, au travers des trois derniers siècles. Puisque Siracusa fêtera bientôt ses trois millénaires d’histoire, ces ilots de vieillesse n’en sont pourtant qu’un témoignage récent.
Voilà ce pont à franchir : de l’autre côté, se découvre enfin Ortigia.
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March 23rd, 2011

J’apprend que j’ai atteint, au crépuscule de cette épuisante journée à longer le fleuve Anapo et cette route qui serpente à ses côtés, la cité de Belvedere, qui culmine au sommet d’une colline et dévoile un large panorama de la Sicile orientale. Déjà, le cours d’eau historique disparait au loin vers le rivage, devenant par moment une simple coulée puis un large ruisseau, pour finalement se jeter dans la mer, non sans offrir aux yeux des riverains le spectacle des plants de papyrus, les derniers d’Europe dit-on par ici.
Et puis cet îlot que je vois à la limite de mon horizon, assis sur une mer azure, est bel et bien Ortigia, coeur historique de Siracusa, où j’ai l’espoir de trouver un débouché à ma situation si précaire.
Je cherche désespérément où passer cette nuit à venir, tant mes jambes me font mal.

Il y a ce bar, à la sortie de la cité, dans lequel j’entre et consomme sobrement un petit café amer dilué par une mousse épaisse. Il est un peu passé vingt heures et l’unique autre client est un vieillard mal habillé, au pentalon taché de rouille. Un fermier. Le barrista, petit et gros, me dévisage un peu en épongant le petit comptoir de bois. Je suis arrivé dans un village de fous furieux. Cette nuit, on me prendra vraisemblablement par le califourchon, on me goudonnera et puis on me plumera avec des restes de poulets.
Amer, je reprend chemin le long de la via Siracusa et après une vingtaine de minutes, je prend une traverse et bute sur une colline où s’étire la forme d’une vieille forteresse, qui semble antique. Une espèce de château, d’où partent des murs de pierres en direction de la mer. L’affiche informative annonce le Castello Eurialo.
C’est à l’abri de ces ruines que je décide de passer la nuit.
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March 18th, 2011

Photo by Sarah Carr
I couldn’t quite glimpse Hosni Mubarak from my balcony in Garden City, but simply knowing that his portrait was nearby made me unable to shake the sensation of being watched. Not exactly towering over, but nudged by its rooftop mechanicals above the rooflines of the neighborhood’s decadently decomposing 19th century apartment houses was its home, the khaki hulk of the Ministry of Social Solidarity — more Orwellian in name than purpose. Mounted on its façade, the multistory banner depicting the longtime Egyptian president — slumping, casually, in shades — was what really gave the place its authority. I never encountered a more affirming symbol of Mubarak’s power than his pose on that photo: the longstanding ruler was so calm, collected, comfortable.
Dictators survive by avoiding blame and instilling awe. Both served Mubarak well. Russian peasants were said to have hated the czar’s officials — who constantly interfered in their daily lives — but to have loved the distant czar, whom they imagined, were he in touch, would ultimately set their lives right. Perhaps that’s why it was relatively hard to find, in Cairo, many more of the trappings — monuments, murals, political paraphanelia — that mark personally invested, ideologically rigid, and, hence, vulnerable regimes. It’s possible that, walking through Bolshevik Petrograd or late Maoist Beijing, you could have somehow put the omnipresent slogans and statues out of your mind, but in Cairo there seemed to be far less need.
True, Mubarak’s visage still gazed out from many posters, murals, and portraits, but their relatively low degree of frequency reflected the fact that his regime was more of a shadowy, bandit kleptocracy than a mass-murderous personality cult. Every classroom in Egypt apparently had an image of the president mounted on its wall, but they must have only made the president appear as a fixed, unresponsive certainty of daily life, or else an image that would recede in memories as quickly as algebra and playground fights. Many of the old posters were already fading by themselves. The bridges, streets, and stations named after the former president made him seem like a figure from distant history rather than someone who could be held to the consent of the governed.
By refraining from stuffing itself into Egyptians’ fields of vision, the regime also ensured it did not become a default excuse for the sometimes crumbling condition of the country or its inhabitants’ stagnant fortunes. That few, casual images of Mubarak produced — such as the one that hung from the ministry — spoke volumes about his removal from the people. As the revolution that broke out in January helped attest, they made the old ruler seem out of touch. Their isolation, for the longest time, made him seem untouchable.
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March 16th, 2011

Vista di Carlentini con l’Etna
Je suis assis maladroitement dans ce lourd camion et rigole avec Alessandro qui a eu très peur de m’aplatir. Du haut de son corps gigantesque et large, il impose sa présence comme un orage en été. D’ailleurs, son rire grave me rappel le tonnerre.
Derrière nous, une cargaison composée de caisses d’oranges de Lentini. Alessandro est livreur, camionneur, et travail fièrement à son propre profit. Depuis des générations, sa famille entretient une campagne sur les collines lentinoises : son grand- père a même participer aux fouilles archéologiques des années 1950, gardant pour lui quelques trouvailles antiques. Rien ne m’étonne, chaque famille sicilienne semblant conserver des morceaux de la Mania Grecia, la Grande Grèce, aux cotés d’une pierre volcanique de l’Etna, tout en cuisinant des plats d’inspiration arabo-normands et s’offrant l’exubérance d’une décoration baroque.
Le cocktail sicilien.
Il me propose de me déposer à Sortino, sa prochaine étape. Si je lui donne un coup de main, il me paiera volontiers. Aussi, si je le souhaite, je peux l’accompagner jusqu’à Palazzolo Acreide, Buscemi ou Scicli, prochaines étapes de sa distribution. Toutes des villes dont j’ignore la localisation, le propos et les attraits.
Alessandro est un homme curieux et qui s’informe sur mes origines et ce qu’il nomme le style de vie nordique. D’ailleurs, il démontre une grande ouverture d’esprit et m’explique fièrement qu’il a une tante à Toronto et une autre à New York. Les siciliens sont partout.
Nous empruntons un chemin tortueux, comme toutes les routes qui serpentent autour de Lentini. Bientôt, la ville n’est plus qu’un vague souvenir où flotte le parfum des agrumes. Partout ces sommets rocheux où poussent des parcelles de vie, des fleurs dans la pierre. Les campagnes et les fermes se distribuent largement aux pieds et sur le corps de ces parois massives. Ici et là, des maisons en ruine, abandonnées ainsi, parfois intactes comme si leurs occupants venaient à peine de disparaitre.
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March 10th, 2011

Traversant Lentini pour une dernière fois, je constate à quel point elle peut être un mélange explosif où les contraires se voisinent et se méprisent. Quelques constructions d’allure moderne au milieu d’une foret de pierres, en ruine. Ces pauvres dans la rue qui regardent passer les Mercedes, BMW et autres Maserati. Ce chien mort, qui se laisse bouffer par les insectes.
Et puis cette religieuse, en fond de cinéma art-déco. Ces arbres qui ont soiffent, ces fous qui lavent la rue Garibaldi à grand jets d’eau. Ces places publiques, clôturées, voir barricadées. Et puis moi, blanc comme neige sous un soleil en feu, le sac lourd sur le dos, le vent au visage. Les pensées ailleurs.
J’atteint rapidement la Piazza Umberto, où je lance poliment mes salutations à cette façade baroque malade et ceinturée de remparts métalliques. Je prend le temps d’arrêter au bar Navarria, le meilleur en ville dit-on, pour savourer un dernier caffè. Onpouvait déjà voir un bar à cet angle sur les cartes postales du 19e siècle, sur une rue à peu près identique, accommodant les mêmes clients aux visages longs, à la barbe élégante.
Cette foule me regarde boire lentement le meilleur café en ville, le grand sac noir posé à mes pieds. Je suis un peu triste; ces gens sont entourés de leurs frères et sœurs, amis, paroisses. Ils sont nourris par le peuple qu’ils nourrissent à leur tour. Ces un mécanisme complexe où chacun prend sa place, à défaut de quoi la machine ne fonctionne pas, et chacun accepte que la place en haut de la pyramide est limitée. Pourvu que le soleil rayonne, que la mer ronronne, que les matchs de foot raisonnent. Le café sera toujours aussi noir, les oranges sucrées. S’ils ont tout ca, c’est que Dieu veille sur eux. Et si rien ne change, c’est pour le mieux.
Tout bouger pour que rien ne change.
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March 8th, 2011

Je suis assis tranquillement sur ma terrasse, les yeux fixer sur ce paysage qui ne bouge pas. Aussi, rien ne se passe sous mes pieds, trente mètres plus bas. Le calme plat; il est 13h04, c’est normal, tout le monde fait la sieste. Sauf moi, qui n’arrive toujours pas à dormir. Il y à toujours ce vieux qui supporte un mur, cette femme qui fume. Ce chien, qui est mort et qui pu jusqu’ici.
Je termine ce gribouillage, petit croquis de ma pauvre personne, assis mollement dans la nudité de son appartement.
Je rentre quelques instants, décidé à faire un rapide ménage de mon studio : poussière sur mes quelques meubles, vaisselle qui s’entasse dans l’évier depuis quatre jours, balais, vadrouille, et puis toilette qui décidément est crasseuse. Je suis devenu dégueulasse. Par contre, je ne nettoie pas le bain, ca me fatigue.
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March 4th, 2011

Solitudine sulla piazza, Lentini
Le 1er mars m’arrive comme une brique qui tombe de ma propre tour de Babel.
Il y a un problème : si je veux obtenir ma carte d’accès, je dois présenter mon dossier criminel aux offices de sécurité, à Sigonella. Si je ne le présente pas, l’armée m’avise que je n’aurai strictement pas accès à la base militaire et puis, pas question d’y travailler, aucune exception étant envisageable. Salvo prétend qu’il n’était pas au courant de cette mesure, et bien sur personne n’a été capable de m’aviser lorsque j’étais encore à Montréal.
Stresser, je téléphone à Ottawa, à l’ambassade, à la SQ. Tous ont la même réponse : une fois à l’étranger, je dois m’adresser à la police canadienne fédérale.
Une fois jointe, une voix robotisée m’interpelle. Malheureusement pour moi, il y a un retard considérable dans la délivrance des dossiers criminels. Par ailleurs, cette requête particulière et individualisée doit suivre un processus aseptisé. Je dois faire parvenir mes empruntes digitales, dûment authentifiées par le service de police régional. Par la suite, ils traiteront ma demande et si tous se passe bien, je recevrai le document en Sicile d’ici six mois.
J’ai la tête qui tourne. La pluie recommence de plus belle, tandis que je suis assis, au pied de ma fenêtre, la tête encore posée sur ce téléphone portable, acheté à la hâte en arrivant ici à Lentini.
J’attrape par la manche mon imperméable et descend en quatrième vitesse ces paliers sans fin. Je me retrouve en pleine rue, seul comme un chien, et je marche d’un pas décider sans savoir où je vais. J’ai les jambes molles, mais le pas rapide.
Le pluie est forte, je sens couler l’eau sur mes joues, dans mon col, le long de mon dos.
J’ai la gorge qui devient sec. Le nez qui coule. La tête qui frissonne.
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March 3rd, 2011

Porto di Ortigia, Siracusa
C’est jeudi après-midi et je rencontre Salvo dans un petit café, le Mokambo, et puis nous partons un peu avant l’aube pour parvenir dès que possible à la Questura de Siracusa, située sur une l’ile d’Ortigia, à une heure de route. Là-bas, nous pourrons obtenir mon permis de séjour longue durée et débuter ce travail à la base militaire de Sigonella.
La route serpente au long de la mer. À Chaque moment, la vue du volcan parmi les volcans, qui écrase toute la mer Adriatique de sa masse lourde et large. Une mer azur promise par Salvo à mon arrivée. Et puis nous traversons un large port militaire, Augusta. Enfin, Siracusa arrive à vue après la traversée des montagnes orientales siciliennes, les Monti Iblei, occupées et habitées depuis la préhistoire, qui m’envoutent par leurs rondeurs et leurs ingratitudes. Je me promet secrètement de revenir m’y retrouver avant la fin de ce séjour.
Siracusa, ville antique reconnue dans l’histoire comme un des berceaux de la civilisation occidentale, forte de son million d’habitants il y à 2500 ans, puis mère d’Archimède à l’époque romaine, est désormais un centre administratif régional tumultueux.
Après avoir traversé la tristement moderne partie “continentale” de la cité, Salvo m’explique qu’elle fût détruite presque entièrement à la seconde guerre mondiale lors du débarquement des alliés, ensuite reconstruite à la hâte et sous l’emprise de la corruption.
Une étrange église ultra-moderne, typiquement bétonnée, pointe une étrange flèche dans le ciel de Sicile. C’est dans cette tourelle de béton que se trouve la vierge pleureuse miraculée et reconnue par le Vatican.
La Sicile et ses croyances.
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March 2nd, 2011

Un percorso in campagna, Sicilia
Après trois jours de pluie, le soleil arrive enfin, d’abord par petites apparitions discrètes et puis les nuages vont se déposer doucement sur l’horizon, laissant la place à une lumière ambre d’aplomb.
Ce matin là, nous partons rencontrer mon futur employeur sur la base militaire américaine de Sigonella, à quelques kilomètres d’ici, dans la campagne qui sépare Lentini et Catania.
Pris par la nostalgie de mes souvenirs, je porte attention sur ce paysage généreux qui s’offre à moi : plaines verdoyantes, champs d’oranges, collines escarpées et puis l’Etna, ce titanesque volcan, qui, profitant d’une percée de soleil remarquable, s’offre enfin à mes yeux.
C’est la première fois que je sors de Lentini. Ce sont les premières parcelles de la Sicile que je découvre, et je me promet secrètement de ne pas rester enfermer trop longtemps dans ce bourg, hypnotisé comme je le suis par la beauté intemporelle de cette nature.
La voiture glisse doucement, de temps en temps secouée par un trou béant. Nous empruntons un chemin, puis un autre, tournons sur une route paysanne et puis parcourons une allée en terre battue. Ces chemins sont si étroits qu’à peine nous y circulerions à deux. Et pourtant ! D’immenses camions nous croisent par surprise, parfois transportant des oranges par centaines de caisses.
Par moment, le trajet est ponctué par la présence d’une prostitué, tel que je l’avais déjà remarqué au voyage précédent plus près de Catania, accotée invariablement sur un arbre ou assise sur une chaise de fortune. La plupart sont des africaines, et il me semble qu’elles ont encore les cheveux mouillés pour avoir traversé la mer sur une planche.

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March 1st, 2011

Carlentini e l’Etna, Sicilia
Je me retrouve à nouveau coincé dans un avion sordide d’une quelquonce compagnie italienne destinée aux voyageurs pauvres.
Rien à redire sur Meridiana Airline, sauf que je constate que la porte du pilote n’est pas fermée, que la communication interne demeure inexistante, que le personnel semble légèrement affolé et que je pourrais aisément jouer au terroriste. Peut être aussi que je suis paranoïaque.
J’ai des sueurs froides et des vertiges. Malheureusement, je n’ai rien à boire ni à manger. Je ne veux pas allonger l’argent qui pourrait combler mon angoisse. C’est ce qui arrive lorsque l’on voyage pauvrement.
A titre de divertissement, je feuillette sans grande attention les maigres revues où pullule la publicité de mauvais gout destinée aux touristes sans personnalité.
Je parcours la notice de sécurité, ne comprend rien aux ridicules schémas présentés. Je tousse, discrètement, trop paresseux pour aller jusqu’à la seule toilette de l’avion.
Pas de film, pas de musique. L’anxiété m’envahit.
Au bout de deux heures à suer froidement, lors du bref trajet Roma-Catania, je commence à percevoir des petites lumières qui semblent embrasser la cote et éventuellement, s’agglutiner contre les parois de ce que je devine être une montagne large et éternellement longue. Puis les lumières se multiplient et ce que j’ai cru pour Catania était en fait Messina, puisque vient ensuite la grande région catanaise et sa couronne égrainée en altitude.
Vers 23h00, accueillit par une pluie forte et droite, je retrouve l’aéroport moderne, qui m’a surpris lors d’un trop bref passage à Catania, il y à deux années déjà. À la sortie, je rencontre Salvo d’Antoni, cet homme grand et gros qui doit me ramasser et qui me promet un travail. Il porte un carton affichant mon nom. C’est doucement cliché, je me sens important. aussi, il est venu avec une de ses filles, maigre comme un bambou, le nez en relief. Elle a ce petit quelque chose d’exotique, d’arabe, d’excitant.
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January 26th, 2011

Rongeurs attendant la fin: rue Charlotte, Montréal
Alors que j’arpente les rues étroites et organiques de la cité coloniale, au sud du quartier latin, je me surprend à escalader lentement la douce pente de la basse-ville jusqu’au tragique Boulevard René-Lévesque – horrible et bruyant – que je trouve en pleine transformation. Tout près, des dizaines de tours d’habitation, modernes. Au loin, ces hautes barres vitrées où s’empilent les bureaux, s’effaçant par ce mélange étrange de lumière jaunâtre et de fumée mécanique : le centre des affaires, que je devine, avec son mouvement et sa confusion.
Je décide d’accélérer le pas et de me retrouver dans un dédale de petites rues rectilignes, agglutinées comme elles le sont, entre les principales artères qui dessinent la carte de Montréal : Saint-Catherine, Sherbrooke, Maisonneuve et René-Lévesque. Puis coincées étrangement entre la cohue estudiantine du Quartier Latin et l’ex Red-Light District que forme la Main – le boulevard Saint-Laurent – et ses théâtres et autres cabarets plus ou moins douteux.
Je sais que bientôt nous ferons table rase de cette zone – comme déjà nous l’avons fait dans les années ’60 en construisant à peine à deux pas l’immense complexe des habitations Jeanne-Mance – pour en faire un lien moderne, propret et sécuritaire et reliant enfin ce nouveau grand ensemble urbain que doit devenir le Quartier des Spectacles.
J’emprunte l’étroite et unique rue Charlotte, microcosme de cette mutation.
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December 5th, 2010

It started with the new white curtains my girlfriend and I bought for our bedroom in Hong Kong. They’re opaque enough to block any potential embarrassment but shear enough to let light through, because there’s nothing I hate more than waking up in a dark room. After we installed them, they had an unintended effect. Sitting in the living room in the afternoon, my eye would wander to the bedroom, where for a second the slightly transparent curtains would trick me into thinking the window was iced over.
Later, lying in bed one sleepless night, I heard the sound of a shovel being scraped across pavement. My mind drifted to snowy nights in Montreal, when neighbours would get a head start on the falling snow by clearing their steps and front walks before going to bed. It created a peculiar chorus to the muffled hymn of car tires and footsteps trudging through the snow.
Recently, I’ve come to appreciate the seasonality of Canadian weather, which I took for granted until I moved to Hong Kong two and a half years ago. Hong Kong does have distinct seasons — I never realized 12 degrees could feel so cold until I experienced my first winter monsoon, when a chilly, dry wind blows from the north — but the differences between them are subtle. Only a small proportion of trees here lose their leaves in the winter; the best way to tell what season it is is by which tree flowers are blooming.
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August 18th, 2010

DCORBEIL | Flou, (Montréal 2010)
Métro Mont-Royal, une fin d’après-midi de la mi-août. L’été est sur sa lancée finale : température clémente, soirée légère à la brise appaisante. Mont-Royal-Berri-Langelier : j’embarque dans le ventre de fer pour un tour de ville paresseux. À l’autre boût de Montréal, mon frère et sa femme m’attendent, impatients et heureux.
Un moment calme, entre les pièces musicales, alors que le train me baladent, pataud et bougonneux.
Langelier : je débarque en vitesse du métro, faisant un large pas au sortir du serpent. Je sens sa mécanique chaude, lourde : les muscles de la bête, fatigués, par quarante années d’aller-retour incessants au travers de Montréal. Une seconde passe alors que je ferme les yeux. Un odeur. Une sensation : le premier pas dans mon passé. Les familiarités se font percevoir dans un mouvement léger et discret, alors que j’arrive difficilement à pressentir ces éléments qui marquent le temps et créent une distorsion dans mes émotions.
Je grimpe à pieds larges les marches bétonnées de la station. Elle n’a rien de différent, il me semble, par rapport à ce quelle était il y a vingt ans de ça. Pourtant, quelques choses est légèrement altéré: un peu plus sale, un peu plus inquiétante. Ce bitume qui s’effrite, ridé et perceptible, le long de ces plafonds gris et uniformes.
Une vieille dame de l’Est de Montréal.
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